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Du salon de campagne aux danseurs de l’Opéra de Paris, l’incroyable parcours de la coiffeuse et maquilleuse Charlotte Molina


l’essentiel
Charlotte Molina a un CV plus que prestigieux : pendant plusieurs années, cette coiffeuse et maquilleuse originaire des Hautes-Pyrénées a exercé sur les artistes de l’Opéra de Paris ainsi que sur les performeurs du parc Disneyland.

Il y a de l’or entre ses mains. Et ce n’est pas seulement grâce aux bonnes fées qui se sont penchées sur son berceau, mais bien grâce à la force de son poignet.  » J’ai baigné dans les chignons depuis toute petite pendant mes cours de danse. Déjà, je maquillais et je coiffais mes copines pour les spectacles « , se souvient Charlotte Molina, originaire de Laméac qui vit désormais à Aureilhan. Impossible d’imaginer qu’un jour, ses copines seraient remplacées par les danseurs étoiles sur l’une des scènes les plus prestigieuses du monde. À 20 ans, la Pyrénéenne commence sa carrière dans un petit salon de campagne à Trie-sur-Baïse, après un brevet professionnel de coiffure.  » C’était une méthode à l’ancienne, j’en ai bavé mais j’ai appris la technique « , se souvient-elle. À Toulouse ; elle intègre une école de maquillage pour laquelle elle a cotisé 7 000,00 euros.

À côté des études, elle travaille dans une franchise de coiffure.  » Je sors de mon petit village et je me retrouve avec 33 filles dans un établissement qui est ouvert du lundi 9 heures au samedi 21 heures. J’ai appris la rapidité « , raconte la Bigourdane. Après plusieurs expériences sur des défilés de mode et des shooting photo, elle entre au théâtre du Capitole, à Toulouse, et suit la formation de perfectionnement, en 2015.  » Ici, j’apprends à implanter des perruques et des postiches sur les danseurs, à réaliser des coiffages historiques, notamment sur les solistes et le corps de ballet « , précise-t-elle. Ça y est, Charlotte Molina est entrée dans ce milieu confidentiel du spectacle et elle a des étoiles plein les yeux.

Les oreilles en latex de Peter Pan

Le théâtre du Capitole est une belle rampe de lancement : en 2016, la Pyrénéenne se retrouve au parc de Disneyland à Marne-la-Vallée, en coulisses. Cette année-là, les maquillages et les coiffures de Jasmine, Cendrillon, Blanche-Neige et la Reine des neiges, c’est elle.  » Je n’avais jamais visité avant d’y travailler. C’est impressionnant, les backstages sont deux fois plus grands que les deux parcs réunis. C’est une machinerie impressionnante. Je découvre l’univers féérique mais dans l’ombre, un cahier des charges très contraignant « , confie Charlotte Molina.

Là, aucune marge de manoeuvre.  » On reçoit une fiche technique avec des consignes très précises à respecter pour chaque personnage. On mesure les bigoudis avec une unité de mesure américaine, on fait valider la mise en pli au manager « , se souvient-elle. Pendant trois semaines, toute la journée, elle tresse les cheveux des performeurs, répartie une charlotte et positionne le postiche. Peter Pan a besoin d’oreilles en latex quand Jack Sparrow voit ses yeux ourler d’un noir charbonneux.

Une prime de feu de scène

Et puis, un jour, la coiffeuse postule  » sans conviction  » à l’Opéra de Paris. Quand elle est reçue pour l’essai, elle n’en croit pas ses yeux. Elle réalise un chignon banane et un chignon  » goutte  » typique des petits rats. Charlotte fait tellement sensation qu’elle démarre dès le lendemain, pour le gala d’ouverture et la soirée des mécènes.  » C’était grandiose, j’étais émerveillée « , glisse-t-elle. Son premier opéra : la Clémence de Titus. Elle s’en souvient très bien parce que ce soir-là, les choristes ont demandé une prime de pénibilité. Leur perruque à ossature bois est spécialement lourde. La maquilleuse, elle, touche une prime de feu de scène.  » Sur le ballet contemporain Play d’Alexander Ekman, par exemple, j’ai 35 secondes pour changer les costumes, mettre du rouge-à-lèvres et enlever les pointes. Tout ça, à la frontale, en faisant le moins de bruit possible car je me trouve derrière le rideau, à 1,50 mètre de la scène « , développe-t-elle. La Tarbaise est grisée par l’adrénaline mais n’a pas le droit à l’erreur.

Sa carrière à l’Opéra dure quatre ans, autant dire une éternité dans le monde du spectacle. En 2019, refroidie par le climat pendant les manifestations des gilets jaunes, elle décide de revenir dans son coin de campagne. Aujourd’hui, à 36 ans, Charlotte exerce sous le statut d’auto-entrepreneur et s’est consacrée aux mises en beauté pour les mariages dans les Hautes-Pyrénées. L’année dernière, elle a été missionnée sur 46 célébrations. Cette année, sur 49.  » Les paillettes de la vie parisienne me manquent mais le train de vie et le stress beaucoup moins « , observe celle qui a quitté les petits rats pour la vie des champs. Sans regret.





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