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ENTRETIEN. Comment la star du piano David Fray installe-t-il durablement L’Offrande musicale dans les Hautes-Pyrénées ? « C’est le meilleur démarrage depuis le début de l’histoire du festival »


l’essentiel
L’Offrande musicale est un rendez-vous culturel et solidaire majeur des Hautes-Pyrénées axé sur la musique classique et la sensibilisation au handicap. Nous avons interrogé son directeur artistique, le pianiste David Fray, pour décrypter les coulisses de l’édition 2026, marquée par un démarrage record de la billetterie et une thématique baroque inédite. 

 

Pianiste unanimement reconnu (son dernier album « Baroque Encores » est une merveille), créateur et directeur du festival L’Offrande Musicale, dans les Hautes-Pyrénées, David Fray propose une programmation toujours ambitieuse, portée cette année par le fidèle Renaud Capuçon, Thibaut Garcia et bien d’autres. Un festival humaniste et hors norme qui est devenu incontournable.

Comment se présente l’édition de 2026 ?

David Fray : Pour le moment, je touche du bois. Ça fait un peu plus d’un mois que la programmation a été dévoilée et que la billetterie a été ouverte. On peut dire qu’on a enregistré le meilleur démarrage depuis le début de l’histoire du festival, depuis six ans. On est contents. La programmation a l’air de beaucoup séduire les gens. Ça aussi, c’est plutôt gratifiant. Après cinq éditions qui se sont globalement bien passées, ils commencent à être habitués à ce rendez-vous, en particulier le public du département. Comme pour tous les festivals, l’un des défis dans les années qui viennent, ça va être peut-être d’élargir l’audience, de faire venir le public du Gers, du Tarn-et-Garonne ou d’ailleurs. En tout cas, pour les Hautes-Pyrénées, je pense que maintenant, les gens ont bien identifié le festival et ils sont heureux de retrouver un rendez-vous habituel chaque année.

Comment construisez-vous la programmation ?

Construire une programmation, en fait, c’est un métier que j’ai découvert. Ce n’était pas mon job à la base, et ça ne l’est toujours pas, d’ailleurs. Il faut intégrer la notion de budget, les contraintes de date par rapport aux disponibilités des différents artistes. Et puis, comme cette année, avec le focus sur la musique baroque, si on a envie, ce qui était mon cas en l’occurrence, de faire une thématique, cela rend aussi les choses un petit peu plus délicates. Il y a énormément de paramètres à prendre en considération. Et chaque année, on a des surprises. Bon, il vaut mieux qu’elles soient bonnes et elles le sont plutôt, en général. Mais c’est aussi délicat de savoir quoi proposer, à quel endroit. Ce qui dicte mes choix de lieux, majoritairement, c’est quand même le répertoire dans une acoustique et dans un cadre précis. C’est ce qu’il y a de plus important. Par exemple, cette année, on fait les Variations Goldberg en version trio avec Renaud Capuçon. Ce sera à l’abbatiale de Saint-Savin, un lieu absolument parfait pour ça. Vu l’affiche, c’est clair qu’on aurait pu vendre plus de places, mais il faut accepter aussi de le faire dans une dimension peut-être plus intimiste, mais qui, vu le programme que Renaud faisait au festival, convient plus à la couleur instrumentale, tout simplement.

La recette, c’est un peu la même chaque année, des lieux spécifiques, un programme éclectique et un thème majeur ?

Oui, et au fur et à mesure, on trouve aussi notre identité. Il y a des rendez-vous qui se confirment, c’est un festival tourné vers les autres. Et surtout, la cause du handicap est vraiment absolument centrale puisqu’elle donne sa raison d’être au festival. Donc chaque année, il y a vraiment des choses très fortes qui sont liées au handicap. Sans parler de la politique tarifaire, des répétitions ouvertes, de tout ce qu’on fait aussi en dehors du festival tout au long de l’année. Nous avons aussi des artistes en situation de handicap et qui sont des artistes évidemment de grand talent, et c’est d’abord avant tout pour ça qu’ils sont invités. Le festival est aussi ouvert à la danse et cette année, on a, pour la deuxième fois, la chance de faire revenir John Neumeier, qui vient de donner *La Dame aux camélias* à l’Opéra de Paris. Il va venir parler de son art avant le spectacle, avec un panorama de toutes les plus belles chorégraphies qu’il a faites sur la musique de Bach, justement, puisqu’on est dans une thématique baroque.

Il y a dans le programme un point très intrigant, c’est l’histoire de la musique en 80 minutes ?

C’est une création de Julien Joubert, qui est un merveilleux compositeur de musique classique. Il va proposer un spectacle qui est une sorte de one-man-show, à la fois divertissant, mais aussi très instructif. C’est dédié aux familles, à des publics jeunes, comme à des publics évidemment moins jeunes. C’est une chose un peu originale, mais chaque année, j’essaye aussi un peu d’innover.

Et pour la première fois depuis la naissance du festival, vous allez jouer ?

Oui, c’est la première fois que je me suis programmé, c’est quelque chose que je n’ai jamais osé faire, et je ne pense pas que je le referai forcément. Je ne me suis jamais programmé pour un récital solo. J’ai toujours joué pendant le festival, ici en concerto, ici en musique de chambre, avec d’autres musiciens. Là, c’est effectivement la première fois que je joue absolument seul à L’Offrande Musicale. Mais là, c’était peut-être l’occasion, vu que j’ai sorti ce disque, « Baroque Encores ».

L’Offrande Musicale, du 29 juin au 13 juillet (programme sur www.loffrandemusicale.fr).
Baroque Encores, chez Warner Classics

Un festival à taille humaine

Par la qualité des artistes invités et par la qualité des lieux proposés, le festival L’Offrande Musicale voit sa réputation gagner en notoriété d’une édition à l’autre.
David Fray : Je pense que le festival s’est professionnalisé, tout en gardant son identité.On a beaucoup de bénévoles qui sont très impliqués, qui sont évidemment très concernés par la cause du handicap qu’on défend. Créer un festival dans lequel on essaye au maximum de proposer un accueil un peu sur mesure pour des personnes qui, chacune, ont des besoins spécifiques, c’est une gageure. En cinq ans, on ne peut pas dire qu’on ait tout fait parfaitement. Il y a eu parfois des ratés, mais l’important, et ça, je crois et j’espère qu’on l’a fait, c’est à chaque fois d’apprendre, pour proposer des choses meilleures l’année suivante, et pas seulement pour les personnes en situation de handicap, aussi pour les festivaliers en général. Je suis très heureux de voir qu’avec tous les voyages que je fais en tant que pianiste, en France et à l’étranger, les gens me parlent de ce festival. Certains viennent parfois de très loin pour y assister. Je crois qu’on a une identité qui est très spécifique parce qu’à ma connaissance, il n’y a pas en France ou ailleurs un festival de ce niveau-là qui soit vraiment dédié à cette cause. Dans mon cas, ça s’est cristallisé parce que c’était lié à une situation personnelle. Je suis très fier, et on est très fiers collectivement, d’avoir pu créer un événement qui est vraiment innovant, et un peu unique, un peu à part.



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