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ENTRETIEN.  » La rencontre, l’innovation, la souplesse rendent le festival vivant et sincère » David Fray présente l’édition 2026 de la sixième édition du festival L’Offrande Musicale


l’essentiel
Le festival L’Offrande Musicale, mené par David Fray, mêle exigence artistique et action inclusive en faveur des personnes handicapées et renouvelle ses propositions. Rencontre avec son créateur et directeur artistique.

Le festival a-t-il trouvé son public, après six éditions ?

Dès le début, je dois dire que le public a répondu présent. On m’avait dit : « Petit département, public pas vraiment classique », mais c’est faux. Depuis la première édition, il y avait une attente et aujourd’hui, c’est encore plus flagrant : les gens attendent la billetterie, le prochain programme. Les ventes se font de plus en plus tôt, la fidélisation est réelle.

Pensez-vous avoir ouvert des portes à des néophytes de la musique classique ?

C’est vrai. À la base, ce n’était pas mon objectif : je voulais surtout apporter une vraie offre musicale au département et mettre en lumière la cause du handicap. Après coup, j’ai vu que pas mal de gens se sont ouverts à la musique classique grâce au festival. Certains ne connaissaient rien au classique et écoutent désormais toute l’année, reconnaissent noms d’interprètes, œuvres, etc. Ça me fait plaisir, mais honnêtement, ce n’était pas prévu.

Pour la programmation, privilégiez-vous les têtes d’affiche ou la découverte ?

On ne peut pas avoir que des superstars ultra-médiatisées parce qu’il y en a peu et ça tournerait en rond très vite. Renaud Capuçon, par exemple, il y a très peu d’équivalents qui passent à la télé. On fait venir aussi des artistes reconnus du milieu, même s’ils sont moins connus du grand public. Mais toujours, c’est l’exigence de qualité qui prime. Quand on a eu Cecilia Bartoli, la salle a été pleine en quinze jours. Mais ce n’est pas le but. Le programme vise le haut niveau avant tout.

Des artistes émergents intègrent-ils le festival ?

Oui, par exemple, Timothy Lozakovitch, un jeune non-voyant, avait participé à ma masterclass puis au off. Je l’ai trouvé si talentueux que cette année, il jouera officiellement avec moi lors du festival. C’est gratifiant de voir ce genre de parcours.

Quelle dynamique observez-vous sur la vente des billets cette année ?

Globalement, ça marche très bien, sauf peut-être la salle Padre Pio à Lourdes. Ailleurs, les ventes sont encourageantes. Il y a toujours des endroits à remplir, mais l’engouement est là, surtout pour les grands concerts: Mozart, Vivaldi, La Truite, …

Les premières dates sont au 1er RHP. C’est important pour vous de valoriser les lieux du département ?

Oui, tous les ans, j’essaie d’explorer une facette locale. J’ai toujours vu cette caserne quand, petit, je sortais du conservatoire de Tarbes, sans jamais y entrer : c’est un symbole fort de la ville de garnison. Travailler avec le 1er RHP, découvrir le site, proposer des concerts dans un ancien manège à chevaux : ça donne une autre résonance. Valoriser le territoire par le lieu, c’est essentiel pour l’identité du festival.

Être à la fois programmateur, artiste sur scène et organisateur, c’est jongler entre plusieurs casquettes. Ce n’est pas trop difficile ?

C’est extrêmement dur. Je dois être partout à la fois, manager les équipes, voir les artistes, assurer la logistique et en même temps m’entraîner pour mon récital. L’épuisement arrive souvent en fin de festival. Mais il y a une gratitude immense et des moments de bonheur qui font oublier la fatigue. Cette année, j’ai hésité à en faire moins, mais on ne se refait pas !

La thématique baroque et les créations séduisent-elles un public moins intitié ?

J’ai eu énormément de retours positifs sur la programmation baroque cette année. Beaucoup de compliments, un record pour nous en six éditions. Entre les œuvres emblématiques (Bach, Vivaldi, Mozart), le retour de John Neumeier, les créations pour les familles, on touche tous les publics, tout en renouvelant la formule.

Et la mission sociale du festival, après six ans, fait-elle bouger les lignes sur le handicap ?

Il y a eu des avancées, de la curiosité, des gens touchés par la cause. Mais il reste un énorme chemin à faire. Les lieux inaccessibles pour les personnes en fauteuil, par exemple, ne choquent pas grand monde : il n’y a pas le même scandale que pour une autre forme de discrimination. Les personnes concernées ont déjà assez à faire pour vivre dignement, donc elles ne passent pas leur temps à revendiquer. Mais rien que d’en parler, de les inclure, cela compte. On sait qu’on ne changera pas le monde mais on essaie d’être à la hauteur à notre échelle.

Le festival doit aussi sa pérennité à l’implication locale ?

Oui, nos partenaires publics et privés se mobilisent. Barbazan, mon village d’enfance, s’implique, même avec de petits moyens : ça a du sens. Les collectivités n’ont pas baissé leur soutien malgré la conjoncture mais nous restons peu subventionnés et vivons surtout de la billetterie et des fonds privés. La culture, c’est un bien public, comme l’éducation. On se bat pour cette idée.

Comment trouvez-vous, chaque année, de nouvelles idées ?

Je ne suis aucune règle. Comme un cuisinier devant son frigo, je compose avec ce que j’ai : budget, artistes disponibles, envies. La rencontre, l’innovation, la souplesse rendent le festival vivant et sincère. Proposer des lieux, des rencontres, des formules inédites, c’est ce qui m’anime, toujours guidé par la curiosité et le plaisir, jamais la routine. Et chaque année, on recommence à zéro, c’est stimulant autant qu’épuisant.

Le festival est-il reconnu à l’extérieur ?

Maintenant, on me parle d’Offrande musicale partout où je passe. Beaucoup veulent venir découvrir nos concerts, la région, la démarche. Il y a encore beaucoup de progrès à faire mais la curiosité et le bouche à oreille marchent bien, même au niveau national et international. C’est aussi le signe qu’on répond à une vraie attente, sur le territoire et au-delà.

Plus d’information et réservations : https://loffrandemusicale.fr/ 



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