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ENTRETIEN. La star du cinéma Isabelle Adjani et le Tarbais Olivier Steiner mettent en musique le mythe vertigineux de Marilyn Monroe : » Plus l’intelligence artificielle progresse, plus la voix humaine va devenir précieuse «
Livre, spectacle et désormais album musical : depuis plusieurs années, le Tarbais Olivier Steiner, ancien élève du lycée Théophile-Gautier, et Isabelle Adjani, star du cinéma, explorent ensemble le mystère Marilyn Monroe. Avec *Vertigo*, accompagnés du groupe électro-pop suisse Proksima, ils proposent bien plus qu’un hommage à l’icône américaine : une méditation poétique sur la célébrité, la disparition et la puissance irremplaçable de la voix humaine.
Comment est née la rencontre entre un écrivain, metteur en scène et producteur tarbais avec une artiste et interprète mondialement connue ?
Olivier Steiner : Je ne sais même plus, et ce n’est même pas une formule ! J’ai un rapport au temps plutôt adjanien, tout pour moi était hier, et aujourd’hui, et demain.
Disons que je la connais par cœur depuis toujours. Puis un jour j’ai rencontré Adjani, et je l’ai trouvée jolie. Puis un autre jour, j’ai rencontré Isabelle, et je l’ai trouvée belle.
Puis Marilyn est arrivée. D’abord comme un compliment, puis comme une façon de vouloir dire quelque chose d’indicible. C’est devenu une lecture, du théâtre, des voyages, un livre et finalement un objet sonore non identifié : *Vertigo*, cet album, alors que Marilyn aurait eu 100 ans le 1er juin 2026.
Isabelle Adjani : Ce qui m’a touchée chez Olivier, c’est sa manière de regarder les êtres derrière les images. Marilyn est souvent réduite à une photographie ou à une légende. Olivier s’intéresse à la personne, à la faille, à la poésie, à la complexité humaine. C’est ce regard qui nous a réunis.
Pourquoi le personnage de Marilyn Monroe vous fascine-t-il autant ?
Olivier Steiner : Parce que Marilyn n’appartient plus seulement à Hollywood ni même à son époque. Soixante-quatre ans après sa mort, elle continue à traverser les générations, les langues et les continents. Elle est à la fois une femme réelle et une figure presque mythologique. Pasolini écrivait : « Se peut-il que Marilyn nous ait indiqué la voie ? ». Edgar Morin la décrivait comme la « star matricielle », le premier mythe mondial de l’ère moderne. Mais ce qui nous intéresse est moins l’icône disparue que la présence humaine derrière l’image.
Isabelle Adjani : Marilyn nous parle du désir, de la solitude, de la célébrité, de la fabrication des images et de notre besoin collectif de récits. En réalité, cet album parle autant d’elle que de nous. Et c’est un vertige.
Pourquoi cet album musical va-t-il bien au-delà d’un hommage à l’égérie américaine trop tôt disparue ?
Olivier Steiner : Nous n’avons jamais voulu faire un disque nostalgique. *Vertigo* raconte les dernières heures de Marilyn Monroe, du 4 au 5 août 1962. L’histoire d’une étoile qui vacille. Douze titres. Une heure. De midi à minuit. Mais très vite tout dépasse Marilyn. On y parle de mémoire, d’amour, de disparition, de transmission et surtout de la voix humaine.
Isabelle Adjani : L’album voyage entre la France, la Suisse avec les Proksima, les États-Unis et la Tunisie où il a été finalisé et mixé par Dawan. Il mêle littérature, musique électronique, spoken word, archives, poésie et chanson. Marilyn en est le point de départ et le point d’arrivée.
Avec le développement exponentiel de l’IA, la chanson, les voix et la musique ont-elles encore un avenir ?
Olivier Steiner : Plus l’intelligence artificielle progresse, plus la voix humaine va devenir précieuse. Les IA sauront bientôt imiter toutes les voix du monde. Elles sauront composer, arranger, interpréter. Elles pourront même ressusciter qui l’on voudra.
Isabelle Adjani : … mais il manquera quelque chose ?
Olivier Steiner : Voilà. Oui. Absolument.
Isabelle Adjani : La voix humaine n’est pas seulement un son. C’est une histoire, un corps mortel, une mémoire, une enfance, une fragilité. *Vertigo* est né dans ce moment de bascule que nous vivons.
Serge Gainsbourg dont vous vous inspirez pour cet album-concept qui est le père ou fils spirituel d’*Histoire de Melody Nelson* ne subirait-il pas les foudres de la censure qui ne dit pas son nom, de nos jours ?
Isabelle Adjani : Ce qui nous a inspirés chez Gainsbourg, ce n’est pas la provocation. C’est sa liberté formelle. Avec *Histoire de Melody Nelson*, il a inventé un objet hybride entre littérature, récit, cinéma intérieur et musique. Comme Godard au cinéma, il a montré qu’un album pouvait devenir une œuvre totale.
Olivier Steiner : Chaque époque invente ses propres interdits. Les artistes ont toujours rencontré des résistances, parfois morales, parfois politiques, parfois économiques. Les formes changent, mais la tension entre création et liberté demeure.