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Forges de Tarbes dans la tourmente : un « fonds voyou » basé aux Bahamas accusé de piller une industrie stratégique de défense


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Les fonds d’investissement sont au cœur d’une vive controverse à Tarbes. Les députés insoumis dénoncent la mainmise de structures offshores sur des sites industriels stratégiques, dont les Forges de Tarbes, essentielles à la souveraineté nationale.

La Bourse du travail de Tarbes a accueilli, jeudi soir, une réunion publique organisée par les députés de La France insoumise autour d’un thème jugé « majeur » : « Fonds prédateurs : ils pillent nos entreprises françaises ». Aux côtés de la députée des Hautes-Pyrénées Sylvie Ferrer, les députés Aurélien Saintoul et Aurélie Trouvé, rapporteure de la commission d’enquête parlementaire sur les pratiques des fonds d’investissement, ont dressé un constat alarmant sur l’avenir de plusieurs sites industriels stratégiques, à commencer par les Forges de Tarbes.

Pour Sylvie Ferrer, la situation du site tarbais illustre les dérives d’une finance qui privilégie la rentabilité immédiate au détriment de l’industrie. « Des fonds d’investissement prennent le contrôle d’entreprises françaises, souvent stratégiques, pour les vider de leur substance », dénonce-t-elle. Elle rappelle que les Forges de Tarbes, seules en France à fabriquer les corps d’obus, occupent une place essentielle dans la souveraineté industrielle et la défense nationale.

La députée critique également le rachat de l’entreprise par Europlasma, présenté à l’époque comme une solution de relance. « On nous promettait des investissements et un développement de l’activité. C’est tout l’inverse qui se passe », affirme-t-elle, relayant les inquiétudes des salariés. Elle dénonce un abandon progressif du site ainsi que des pressions exercées sur les représentants syndicaux qui alertent sur la situation.

« Méthodes de gangsters »

Rapporteure de la commission d’enquête parlementaire, Aurélie Trouvé estime que le véritable acteur derrière Europlasma est le fonds Alpha Blue Ocean, domicilié aux Bahamas. Selon elle, ce fonds contrôle plusieurs entreprises stratégiques françaises grâce à des montages financiers complexes. « Europlasma n’est qu’une société écran », affirme la députée, qui qualifie Alpha Blue Ocean de « fonds voyou » aux méthodes « de gangsters ».

Elle pointe également la responsabilité de l’État dans cette opération. Selon elle, le ministère de l’Économie connaissait l’identité des investisseurs et leurs antécédents, notamment plusieurs condamnations prononcées par des autorités de régulation financière. Malgré cela, les autorisations nécessaires au rachat auraient été accordées, y compris pour d’autres sites industriels sensibles. « On a laissé un fonds basé aux Bahamas prendre le contrôle d’une industrie d’armement », déplore-t-elle, regrettant par ailleurs que les responsables du fonds échappent aujourd’hui aux auditions parlementaires.

Aurélien Saintoul appelle, lui, à des changements législatifs rapides. Il plaide notamment pour l’interdiction des OCABSA, ces obligations convertibles en actions avec bons de souscription d’actions, qu’il considère comme un outil favorisant la prédation financière. « Le Royaume-Uni les a déjà interdites. Ce n’est pas une mesure révolutionnaire », souligne-t-il.

Le député défend également une véritable planification industrielle. Selon lui, les Forges de Tarbes ne peuvent rester dépendantes d’un seul client, KNDS, tandis que l’État renonce à utiliser les leviers dont il dispose pour sécuriser cette filière stratégique. « On ne peut pas parler d’économie de guerre et laisser nos usines à l’abandon », insiste-t-il.

Au-delà du seul cas tarbais, les trois parlementaires voient dans cette affaire le symbole d’une désindustrialisation engagée depuis plusieurs décennies. Ils appellent à un contrôle public renforcé des industries stratégiques, à des investissements massifs et à une politique industrielle permettant de préserver les savoir-faire nationaux face à ce qu’ils qualifient de « pillage » des entreprises françaises.



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