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Il avait fui l’Iran à cheval il y a plus de 40 ans : pour Ahmad, « même s’il ne renverse pas le régime, chaque soulèvement apporte ses avancées »
La révolte en Iran suscite l’inquiétude de la communauté iranienne des Hautes-Pyrénées. Ahmad Asgari, exilé depuis 1983, observe à distance les événements, entre inquiétude et espoir.
En 1983, Ahmad Asgari a fui l’Iran et les persécutions de sa République islamique. Tout quitter, à tout juste 22 ans, à cheval jusqu’en Turquie où il demandera l’asile en France. Il posera le pied à Orly le 23 novembre 1983 à 12 h 30. « Mon frère qui m’avait précédé me disait d’apprendre le français. À quoi bon, dans quelques mois je retournerai chez moi… » Plus de 42 ans plus tard, Ahmad, saisonnier dans la restauration à Lourdes, n’est jamais retourné chez lui. C’est depuis Tarbes qu’il observe, avec inquiétude, la nouvelle révolte qui se soulève sur ses terres. Entretien.
Ahmad, comment la communauté iranienne des Hautes-Pyrénées réagit-elle à la révolte réprimée au pays ?
Il y a une petite communauté iranienne sur Tarbes et, plus récente, sur Lourdes. À 64 ans, je suis un des plus anciens. On s’entraide pour les traductions, pour monter des dossiers, trouver des logements… On observe tous ce qui se passe avec inquiétude, surtout depuis le black-out du pays. Comme nous sommes loin, nous ne pouvons que nous faire l’écho de ce qui se passe et dénoncer cette république islamique. Peu de gens se font des illusions sur la nature de régime.
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Depuis votre arrivée ici, on a le sentiment que les révoltes se succèdent en Iran…
Ma famille était contre le chah d’Iran et j’ai très vite rejoint les rangs d’organisations d’opposition. On oublie que la révolution de 1979 n’était pas islamique. Elle a été confisquée. Beaucoup de mes camarades de gauche ont été emprisonnés, d’autres exécutés. Dans ces conditions, les liens de nos organisations ont été rompus. Depuis 2009, on observe des révoltes tous les deux-trois ans. Le régime ne tient que dans la répression brutale. Si des représentants politiques, syndicaux, des figures émergent et pointent un élément, un dogme de la république, on se retrouve face à la totalité. La dernière révolte suite à la mort de Mahsa Amini, pour les femmes contre le voile, a viré à la condamnation du régime.
Est-ce que ça veut dire que chaque soulèvement est voué à l’échec ?
Du fait de la répression, l’opposition a du mal à se former. On a l’impression que chaque mouvement ne va jamais loin. Mais chaque soulèvement apporte des avancées. Depuis le mouvement famille, liberté, de plus en plus de femmes sont dans la rue sans voile. Même si ce n’est pas écrit dans les textes, c’est une tolérance. En 1979, ce qui avait entraîné la chute du régime c’était que la grève des ouvriers du pétrole.

Cette révolte peut-elle aboutir ?
Aujourd’hui, il y a des ouvriers dans ce mouvement venu des banlieues pauvres. Mais de manière isolée. Toutefois, cette révolte est particulière. D’abord parce qu’elle est partie des commerçants du bazar qui soutiennent habituellement le régime. Mais l’effondrement économique du pays et de la monnaie fait que le commerce est impossible. Aujourd’hui, 60 % de la population est sous le seuil de pauvreté. Il est différent par sa durée, près de vingt jours déjà et par le fait qu’il soit dirigé contre le guide suprême, qualifié de dictateur. Je ne pense pas que ça suffira à renverser le régime qui depuis le black-out peut massacrer à huis clos.
Comment vivez-vous ce mouvement à distance ?
Jusqu’à jeudi dernier et la coupure d’internet, j’avais tous les jours des échanges avec ma famille, mes cousins, mes neveux et nièces, mais aussi des activistes, la génération d’après nous, qui veulent en découdre. Je ne vais pas leur dire de ne pas y aller, je leur transmets notre expérience, mais après 40 ans d’exil, tout a changé et ils sont en train d’écrire leur propre histoire. Mais je suis très inquiet. On nous parle de près de 15 000 morts, au moins autant d’arrestations. J’essaie de suivre, sur les réseaux, à la télé. Mais ce sentiment d’impuissance est dur à supporter. J’ai envie d’y être.
Comment voyez-vous la suite, l’intervention éventuelle des Américains ?
Quand on voit ce que les interventions américaines ont produit dans l’histoire récente au Moyen-orient, mieux vaut que l’avenir soit construit par les Iraniens. On peut intervenir de manière diplomatique, en inscrivant les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste ou en coupant l’argent de la corruption du système au détriment du peuple qui circule sur les marchés. On nous sort le fils du Chah pour la suite, alors que sa famille a toujours souffert d’un manque de légitimité. Les gens qui peuvent prétendre jouer un rôle dans l’avenir du pays sont en prison. Dès qu’une personne sort la tête, on la lui coupe. Mais il faut faire confiance aux Iraniens pour imaginer autre chose que ce qu’on veut leur imposer…