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Il ciblait des personnes âgées : le photographe devenu menuisier était très insistant et facturait des prestations hors de prix, il est condamné pour abus de faiblesse
L’abus de faiblesse frappe les personnes âgées. Un entrepreneur de Bazet allait à la rencontre de personnes âgées pour vendre ses photos et réaliser des travaux hors de prix. Il a été condamné par le tribunal de Tarbes. On vous explique les méthodes douteuses de cet artisan menuisier.
Le mode opératoire était très bien rodé. Julien* s’introduit en juillet 2019 dans le jardin d’une première victime, une femme de 92 ans. L’homme est « beau parleur », a un appareil photo et propose de faire des photos. Il se balade dans le jardin, puis revient et lui vend un cadre avec les photos.
Le prix des clichés : 490 euros. Un peu cher, mais il se montre déterminé : « Vous insistez, revenez à plusieurs reprises », déroule le tribunal. Il arrive finalement à lui vendre à 290 euros : « Elle explique que vous lui aviez dit que vous aimiez bien les belles photos, de nature, de chats, et manifestement de vieilles dames dans leur jardin », ironise le président du tribunal.
Il faut dire que la scène se répète avec d’autres victimes. Il fait le même numéro chez une deuxième, une troisième, puis une quatrième victime, toutes des personnes âgées. « Je me suis laissé faire, il a fait trois clichés, je lui dis de s’arrêter à trois. Il me demande combien j’ai d’enfants, je lui dis six, donc il me dit ‘on va faire six clichés' », soutient à la barre l’une d’elles. Il demande parfois plusieurs milliers d’euros pour vendre les cadres avec ses photos.
Son entreprise de menuiserie dans le viseur
Puis, Julien change d’activité. Des photos, il décide de se lancer comme artisan menuisier à Bazet. Mais il semble viser le même type de clientèle… Il se rend ainsi chez une cliente un dimanche, donne un devis pour changer les fenêtres, « insiste pour installer des volets et fait des travaux de couverture de la terrasse sans devis ».
Au total : 21 500 euros de travaux et 30 000 euros pour la véranda, « qu’elle ne voulait pas. (…) Elle explique qu’à l’époque elle sortait de l’hôpital, était affaiblie et pas en mesure de résister à vos propositions insistantes. » Sur les trois victimes dans ce cas, il se montre à chaque fois très insistant, relance plusieurs fois, engage les travaux avant le délai de rétractation, ou ne fournit pas de formulaire de rétractation, et parfois même pas de devis directement. Lorsque l’une des victimes se rétracte par SMS, il la convainc finalement de poursuivre.
Il laisse aussi les victimes s’engager sur des crédits à hauteur de dizaines de milliers d’euros, alors qu’elles ont souvent de faibles revenus. « Il m’a dit de dire à la société de crédit que les travaux étaient finis, pour toucher l’argent, alors que les travaux n’avaient pas commencé. »
« Un escroc »
Lors de l’enquête, trois anciens employés témoignent de pratiques commerciales douteuses. L’un d’eux « dit que vous choisissez des clients âgés, vulnérables, isolés, et que vous étiez insistants sans tenir compte de la volonté du client ». Un autre parle de « prix aberrants et de devis très gonflés », quand un troisième dit « regretter d’avoir travaillé avec cet escroc. »
À la barre, le prévenu, âgé d’une soixantaine d’années, nie les faits et fait mine de ne pas bien comprendre ce qui lui est reproché. « J’ai eu des milliers de clients, et je regrette que, sur ces milliers de clients très contents, il y en ait sept qui ne le soient pas. Malheureusement, il est difficile de plaire à tout le monde, moi je mets tout mon cœur, tout mon amour… » Affirmant que huit de ses employés aujourd’hui pourraient témoigner « que jamais de la vie j’oblige les personnes ».
Une innocence qui n’a pas convaincu ni le procureur, ni même sa propre avocate, qui dit « comprendre les victimes, mais je ne pense pas qu’il ait véritablement voulu en arriver là, ni compris ce que son comportement avait comme conséquence ».
Déjà condamné pour abus de faiblesse par le passé, le prévenu a finalement été condamné à 18 mois de prison avec sursis probatoire de 18 mois. Interdiction de gérer toute entreprise commerciale pendant cinq ans et d’exercer une activité professionnelle liée au démarchage pendant cinq ans. Il devra également indemniser les victimes, entre 1 000 et 45 000 euros au titre du préjudice financier.