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« Je ne sais pas comment ça va se terminer » : Séminariste à Tarbes, Elias s’inquiète pour ses proches et son pays, le Liban


l’essentiel
Le conflit au Liban préoccupe le séminariste Élias, installé au diocèse de Tarbes-Lourdes depuis deux ans. Entre prière et inquiétude, il observe, depuis la Bigorre qu’il a adoptée, une guerre qui a déjà déplacé 1,2 million de personnes.

« Je suis né dans la guerre civile. » Alors, pour Élias, la paix que ce séminariste a trouvé au diocèse de Tarbes-Lourdes est plus que spirituelle. Pour autant, il pose un regard concerné et inquiet sur ce qui se joue actuellement au Proche-Orient, depuis les attaques et l’invasion d’une partie de son pays par Israël, « une situation très compliquée ».

C’est à l’occasion d’un séjour en tant que chapelain en 2023, qu’Élias a été conquis par la Bigorre, intégrant le diocèse en sept 2024, d’abord à Bagnères, puis comme séminariste à la paroisse Saint-Antoine à Tarbes, où cet ancien ingénieur agronome de 36 ans cultive fruits et légumes de son pays dans le jardin adossé à l’église. Une terre rurale et montagnarde peuplée de gens vrais qui l’a séduit. « Au Liban, je viens d’une ville située dans les montagnes. J’aime cette ruralité, ce relief, ce territoire. J’ai beaucoup d’amis agriculteurs ici. Il y a quelque chose, une philosophie qui me plaît ici. Ça a été un appel pour moi d’être missionnaire dans ce diocèse, au terme d’un parcours de discernement. »

À 36 ans, Élias, issu de la minorité chrétienne au Liban, est séminariste au diocèse de Tarbes-Lourdes et à la paroisse de Saint-Antoine.
À 36 ans, Élias, issu de la minorité chrétienne au Liban, est séminariste au diocèse de Tarbes-Lourdes et à la paroisse de Saint-Antoine.
Andy Barréjot

Dans cette famille catholique, il n’est pas le seul à avoir embrassé les ordres, précédé par son grand frère au pays. Ses parents, ses cinq frères et sœurs et ses douze nièces et neveux vivent toujours là-bas. Là où est décédé son grand-père cet été, lui qui les a convertis à l’amour de la France. « Charles de Gaulle, très respecté au Liban, a passé trois mois dans notre village d’estive, à Kleiat. Il achetait le fromage de mon grand-père qui en a gardé et nous a transmis un attachement très fort à la France. »

S’il se sent bien au pied des Pyrénées, Élias l’avoue : « Quand on est loin de notre pays, c’est toujours inquiétant, On pressentait cette guerre déjà quand le Hezbollah a soutenu Gaza. Ça fait déjà des mois de conflit. C’est la plus dure de toutes les guerres. Israël occupe le Sud du Liban avec 1,2 million de déplacés déjà. On prive ces gens de leurs terres sans vrai refuge. Il y a une grave précarité. C’était une vraie catastrophe avant même qu’une grande partie de Beyrouth ne soit détruite. Pour l’heure, ma région est plus tranquille car il y a beaucoup de chrétiens. Mais c’est une énorme tristesse de voir ces enfants, ces femmes tués. On craint aussi les problèmes d’approvisionnement, en nourriture, en médicaments, notamment pour les enfants. Et puis le vrai risque, ma peur, c’est qu’Israël traque les chefs du Hezbollah qui auront trouvé refuge sur ces terres plus calmes et ne fasse des victimes collatérales. Je ne sais vraiment pas comment ça va se terminer… »

« Je prie pour eux, pour mon pays »

La crainte aussi que les tensions ne persistent, à l’intérieur même du pays et que l’on ne verse dans la guerre civile. « Pourtant le Liban est un beau pays, qui vit du tourisme dès que la paix est là. Même le championnat de basket, le sport N.1, avait repris et réunissait tout le monde. » Sans « se détruire », Élias, resté très proche de ses frères, se dit « très préoccupé pour sa famille, ses amis. Je prie pour eux, pour mon pays. Ce n’est pas lié à la guerre, mais plus fort encore là. Mais j’ai besoin d’équilibre. J’ai ma vie en Bigorre. Rentrer ? Ma vocation est ici où je me sens bien. »

Alors Élias espère pour demain, « même si ce qui se passe aujourd’hui n’y incite pas trop. C’est une situation compliquée, liée à la volonté du Hezbollah. La perspective la plus crédible et pérenne serait un accord plus grand, impliquant l’Iran notamment. Mais quand on voit comment agit Israël, en occupant des terres, en bombardant tout un bâtiment accueillant des civils pour une seule personne, c’est de la folie. Quand on voit tout ce temps, tout cet argent investi dans la destruction, on pourrait faire tant d’autres choses… »



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