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« Le système Trémège, c’est l’illégalité » : les accusations sévères de l’enquêteur financier dans l’affaire des marchés publics de la ville de Tarbes


l’essentiel
La deuxième journée du procès de favoritisme lors de marchés publics et de la vente de biens de la ville de Tarbes, a été marquée par le témoignage fort de l’enquêteur financier de la gendarmerie et du contexte autour de l’attribution du marché public de rénovation de la halle Brauhauban à l’architecte Joris Ducastaing.

« Le système Trémège, c’est l’illégalité » : Quand elle vient de l’enquêteur financier de la section de recherches de la gendarmerie de Toulouse en charge du dossier, l’expression est d’autant plus percutante même si elle est à charge.

Cité comme témoin par le tribunal de Pau au début de la seconde journée de l’affaire des marchés publics de la ville de Tarbes, Philippe Deveaux ne mâche pas ses mots. « Tous les agents municipaux se plaignaient de l’ambiance de travail difficile avec un maire exigeant voire tyrannique et un directeur général des services qui n’en était pas moins exigeant vis-à-vis de ses subalternes ».

« Un climat oppressant » ressenti par Jean-Louis Di Vita responsable du service, comme par son collègue Jean-Pierre Ducasse. Responsable du service architecture, il est accusé pour le chantier Brauhauban d’avoir favorisé en particulier l’entreprise Lorenzi pour le lot peinture et d’avoir signé un rapport d’analyse des offres « tronqué » rédigé par le maître d’œuvre Joris Ducastaing : « J’avais peur d’être placardisé. Je peux considérer avoir obéi à des ordres illégaux de la part de M.Caillaud » qui répondait lui-même à une injonction du maire « qui voulait que les travaux soient réalisés dans les meilleurs délais pour en tirer un bénéfice électoral ».

Même si ses collaborateurs n’accablent pas le maire de Tarbes à la barre du tribunal, l’enquêteur financier n’est pas tendre avec le principal protagoniste de l’affaire : « M.Trémège a contribué à faire monter le chiffre d’affaires d’entreprises dont il était le commissaire aux comptes. Il a attribué des marchés à M.Ducastaing avec qui il est parti en vacances sur un voilier en Italie ».

Des cadeaux entre « amis » ?

Des factures de location de voilier en 2012, de repas au restaurant Les Prés d’Eugénie (Trois étoiles Michelin) pour l’anniversaire de Gérard Trémège, d’achats alimentaires et de caisses de champagne ont été retrouvés par la justice chez M.Ducastaing, ainsi que des SMS « amicaux », comme preuves de relation de proximité entre l’édile et l’architecte tarbais. « Je n’étais pas ami avec M.Trémège. Je l’apprécie en tant que maire » répond Joris Ducastaing.

Celui-ci reconnaît seulement « un séjour d’un jour et demi sur un voilier loué en Corse » avec Gérard Trémège et d’autres personnes, et accuse les enquêteurs d’avoir falsifié les relevés bancaires d’Isabelle Bonis, l’épouse du maire, pour le forcer à avouer un séjour commun en Italie.

Au contraire, Joris Ducastaing se déclare victime de cette affaire et même « d’un système mafieux » : « J’ai dû licencier 32 collaborateurs et j’ai essuyé la perte de chantiers avec le Conseil départemental ». Il a été traumatisé par son interpellation « avec menottes et mitraillettes » par les services des douanes à l’aéroport de Toulouse et « des menaces de mort » notamment devant son fils de dix ans.

Accusé d’avoir acquis grâce à la ville de Tarbes le bâtiment 204 de l’Arsenal « à un prix largement inférieur à celui du marché et des domaines », Joris Ducastaing considère au contraire « qu’il a acheté le bâtiment trop cher par rapport à sa vraie valeur ». Responsable du service urbanisme, Jean-Louis Di Vita serait intervenu auprès des domaines pour réévaluer l’estimation de la parcelle. Il aurait envisagé aussi de modifier le Plan d’occupation des sols (POS) pour rendre constructible le terrain inondable de la société « Tout pour l’eau » dirigée par un ami du maire. Il n’ignorait pas non plus « le caractère illicite » de la convention de mise à disposition de la compagne de Gérard Trémège, Isabelle Bonis, pour l’opération de ravalement des façades, d’un montant de 40.000 €.

« Quand on est fonctionnaire, on a un devoir d’exemplarité »

En effet, comme le déclare l’enquêteur financier de la gendarmerie, cette responsabilité du sommet hiérarchique de la mairie dans l’affaire Trémège, ne dédouane pas pour autant celle des chefs de service. « Il y avait un ensemble de dysfonctionnements dans tous les services. Il y avait des éléments graves, relevés notamment à l’encontre de M.Ducasse qui a attribué des marchés publics à des entreprises qui n’auraient jamais dû les avoir. Quand on est fonctionnaire, on a un devoir d’exemplarité » tranche l’ancien gendarme, aujourd’hui acheteur public.

Il met en cause l’ancien responsable du service de la voirie Michel Parra chez qui des travaux de goudronnage et de pose de clôture avaient été réalisés gratuitement par la Société Routière des Pyrénées qui avait obtenu des marchés publics.

Cela concerne notamment le marché de réfection des rambardes des berges de l’Adour attribué à la société Efficass Metal.

Demain, Gérard Trémège et son ancien directeur général des services Michel Caillaud auront l’occasion de s’expliquer. Une intervention très attendue.



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