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L’étonnant destin de ce portrait de femme, spolié à une famille juive pour la collection de Göring, et définitivement racheté pour le musée Massey


l’essentiel
Le fonds de peintures du musée Massey de Tarbes renferme le portrait d’une femme de Cornelis Van Ceulen. Une œuvre au parcours singulier puisqu’elle fut volée par les nazis à la succession de Gabrielle Philippson à Paris en 1942, sélectionnée pour la collection de Goering avant d’être rachetée il y a quarante ans par le musée Massey. Aujourd’hui, dans le cadre de la procédure de restitution des biens culturels spoliés, la mairie a fait le choix, en accord avec la famille, de compenser financièrement les ayants droit, pour poursuivre la valorisation du tableau.

Il y a un peu plus de deux ans, elle s’affichait aux côtés de cinq autres œuvres singulières, réunies dans une exposition collective au musée Massey. Cinq peintures des XVIe et XVIIe siècles au destin étonnant et tourmenté qui brillaient dans l’établissement tarbais d’un nouvel éclat. Des œuvres classées MNR pour Musées nationaux récupération, au caractère historique puisque spoliées par les nazis. 

Intercepté par les douanes

Parmi elles donc, La mystérieuse femme en bleu, ce portrait du peintre hollandais Janssens van Ceulen conservé au sein du fonds de peintures anciennes du musée Massey, mais qui s’avère être une œuvre spoliée à Paris en août 1942 par les Allemands à la succession de Gabrielle Philippson, avec un autre tableau, son pendant, un portrait d’homme en armure. Tous deux garniront la collection de Goering, sinistre dignitaire nazi dès la fin de l’année 1942. Si le tableau de l’homme est retrouvé dès juin 1945 et restitué à la famille en novembre 1947, le portrait de la femme est retrouvé séparément, lui, en juillet 1945, rapatrié en France en avril 1946, mais sans être restitué, faute d’avoir fait le lien avec sa réclamation. Quarante ans plus tard, le musée Massey de Tarbes en fait l’acquisition, sans que le passé de l’œuvre ne soit connu des équipes d’alors. Un an plus tôt, les douanes étaient intervenues alors que ses « propriétaires » cherchaient à vendre l’œuvre outre-Manche.

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Une histoire méconnue mise en lumière par les investigations menées par les ayants droit et par la Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés en 2023. Identifié et localisé, une procédure de restitution du tableau est engagée, conformément à la prescription de la CIVS, la commission du ministère de la Culture compétente dans le domaine.

Un accord financier à 25 000 €

Or, cette procédure de restitution des biens culturels spoliés offre la possibilité de verser une compensation financière aux ayants droit, dans le but de réparer le tort commis, tout en conservant cette œuvre au musée. « C’est la solution qui a été retenue, d’un commun accord entre les ayants droit et le musée Massey, afin de poursuivre sa valorisation auprès du public », explique Laure Bertrand, adjointe à la culture. Le 29 juin, le conseil municipal a approuvé cet accord financier, avec un prix fixé à 25 000 €, suite à l’estimation du tableau par deux experts indépendants.

En 2024, le conservateur du musée Massey, Fabien Leclerc, présente "La mystérieuse femme en bleu", spoliée par Goering.
En 2024, le conservateur du musée Massey, Fabien Leclerc, présente « La mystérieuse femme en bleu », spoliée par Goering.
NR – ANDY BARREJOT

Exposé déjà début 2024, le portrait de La jeune femme en bleu jouit désormais d’un destin plus apaisé. « Le tableau sera présenté dans le futur parcours permanent consacré aux Beaux-Arts, se projette Laure Bertrand. Il fera l’objet d’une mise en valeur spécifique. Un soin particulier sera apporté à la transmission de son histoire, afin de rendre visibles les mécanismes de spoliation pratiqués pendant la Seconde Guerre mondiale et les opérations de recherche et de restitution encore en cours. » De l’ombre à la lumière.



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