Actualités Hautes-Pyrénées
PORTRAIT. Diacre près de Tarbes, Bruno est aussi moniteur de ski : « Ce n’est pas commun mais je me régale dans ces deux rôles »
De l’aube blanche de diacre à la combinaison rouge de moniteur de l’ESF, de la chapelle aux pistes de ski. À 77 ans, Bruno Cazenave guide les fidèles lors de cérémonies religieuses. Mais il enseigne aussi le ski durant toutes les vacances de février à Superbagnères.
À La Mongie, de la chapelle Notre Dame des neiges au domaine skiable tapi de blanc, il n’y a qu’un pas. Que Bruno Cazenave enjambe allègrement. Juste le temps pour le diacre d’abandonner son aube blanche et d’enfiler sa combinaison rouge de l’ESF, et le changement de décor comme de personnage est total. Mais pas paradoxal. Car à 77 ans, celui qui fut ingénieur dans le bâtiment à Tarbes, est aussi à l’aise, une fois la retraite venue, dans chacun de ses rôles. « Je me régale dans l’enseignement du ski et je suis aussi heureux dans ma mission de diacre. » Et pour encore plus de plénitude, Bruno est aussi un membre très actif du CAF de Tarbes et fréquente aussi le dojo de Barbazan-Debat. Tout ça, sans jamais se départir de ce sourire généreux qui orne sa moustache.

Car finalement, ski et religion ont toujours fait partie de sa vie, deux passions, deux fois, complices et pas antinomiques, qui ont débuté à chaque fois par un, ou plusieurs, appels. « Étudiant, je skiais à Luchon-Superbagnères, raconte Bruno, 77 ans aujourd’hui. Le directeur de l’école de ski m’a vu et m’a demandé si j’avais pensé au monitorat. J’ai éclaté de rire. Mais quelque temps plus tard, je passais une semaine derrière lui sur les pistes à me préparer au capacitaire. Ça avait été une épreuve, notamment le slalom qui ne me réussissait pas mais que j’avais bouclé sur la dernière manche. Depuis, je ne regrette rien. »
« Quelque chose qui leur ressemble »
Encore en activité, Bruno a assuré au moins une semaine d’enseignement à chaque vacance à l’ESF de Superbagnères. La retraite venue, il est sur le front (de neige) durant les quatre semaines des vacances d’hiver. Un rôle de moniteur qui éclipse alors partiellement celui de diacre, que ce pratiquant assume depuis huit ans désormais, sur le sud-est de Tarbes et au-delà. « Nous sommes les servants du prêtre. Je participe à la célébration mais ne peux assurer de confession ou d’eucharistie. Par contre, j’assure baptêmes, mariages, funérailles. Je visite systématiquement les gens, pour savoir qui ils sont, ou qui étaient les défunts. On bâtit les célébrations ensemble. C’est très important de prendre le temps, pour proposer quelque chose qui leur ressemble. Même pour les funérailles, il y a des gens qui me remercient, pas tous, d’avoir fait ce passage-là en paix. Il peut y avoir de la révolte, de la colère qu’il faut traduire en un moment difficile et nécessaire. Et quand à la fin les visages sont illuminés… »

Comme une évidence, même si, le choix de revêtir l’aube ne s’est pas imposé spontanément pour ce fidèle. « On est venu me chercher à trois reprises. J’ai mis dix ans à répondre favorablement. Je me disais pourquoi moi ? J’ai essayé de me débiner, sourit Bruno. Mais toute ma famille m’a encouragé, comme j’étais déjà assez impliqué dans l’Église et dans une communauté œcuménique. » S’ensuivra une formation de six ans avant de pouvoir revêtir l’aube de diacre. « Depuis cette époque, je vis un immense temps de paix. Malgré les difficultés et les contraintes de la vie, je suis heureux d’être présent auprès de l’Église, à ma manière. »
Un bonheur que ce grand-père de 14 petits-enfants fait coïncider avec une vie de famille chargée. « Mais je suis heureux » assure-t-il, sans jamais mélanger les rôles. « Bien sûr, ce n’est sans doute pas commun un diacre qui enseigne le ski. Même si j’ai toujours une croix sur moi, sous ma combinaison rouge, je ne réponds qu’aux questions, s’il y en a. On peut alors en discuter. Mais je ne fais pas de prosélytisme à ce niveau-là. Ce n’est ni le lieu, ni le moment. » Et parfois, les deux passions finissent par se mêler : « L’autre jour à l’école de ski, un moniteur a découvert que j’étais diacre. Et comme il va bientôt se marier, qui sait, peut-être que je le célébrerais… »