Actualités Hautes-Pyrénées
TÉMOIGNAGE. Surpris par des drones devant leurs appartements, ces habitants de Tarbes s’interrogent : « Je buvais mon café quand j’ai entendu un gros bruit de moustique »
Ces dernières semaines, plusieurs Tarbais se sont interrogés après avoir aperçu des drones face à leurs logements, de jour comme de nuit. Voyeurisme ? Repérage avant un cambriolage ? Il pourrait surtout s’agir de livraisons pour la maison d’arrêt de la ville. Le 11 mai dernier, trois jeunes ont été interpellés après le survol d’un drone qui avait décollé rue Brauhauban. Les riverains, eux, s’inquiètent de la proximité des appareils avec les habitations. On vous raconte ce qu’il s’est passé.
C’était un lundi matin, en plein jour. Amandine s’en souvient très bien. « J’étais sur mon balcon, au 2e étage, je buvais mon café quand j’ai entendu un gros bruit de moustique mais rien à l’horizon », commence par raconter cette Tarbaise qui réside rue Ramond. À 9 h 30, le lundi 11 mai, la riveraine pense qu’elle n’est sûrement pas encore bien réveillée. Mais le bruit reprend. « Je lève les yeux quelques minutes plus tard, sur la terrasse de mon voisin, en face, et j’aperçois un drone qui survole l’ensemble des bâtiments. Je pense d’abord à des jeunes qui s’amusent mais le bourdonnement persiste et m’agace. Je me rapproche, le drone blanc stagne dans les airs et je découvre une caméra qui tourne », poursuit la locataire.
Elle ne sait pas quoi faire. Le drone, lui, s’approche davantage de sa terrasse. C’en est trop : Amandine prend son téléphone portable et se dresse face au drone, comme si elle était en train de le filmer. « J’ai eu peur, cette intrusion m’a perturbée. La limite de mon espace était franchie, j’ai voulu intimider le pilote de l’appareil en lui faisant croire que je filmais », confie-t-elle.
À 4 h 30 du matin, à la fenêtre de sa chambre
Mais le drone reste encore plusieurs minutes. Alors, Amandine rentre et ferme la porte vitrée de son balcon : « Je ne me sentais pas bien, j’ai regardé derrière, il a tourné sur lui-même et il est reparti ». La résidente pense d’abord à du voyeurisme.
Mais quelques jours plus tard, elle pense faire le rapprochement. « Le mardi suivant, je suis réveillée par des voix dans la cour. Le lendemain, j’apprends par mon voisin que deux jeunes se sont introduits dans la résidence avec un pied-de-biche et un petit marteau. Ils portaient une capuche noire », ajoute la riveraine.
À lire aussi :
Ils étaient suspectés d’avoir livré du cannabis et un téléphone par drone à la prison de Tarbes : deux détenus relaxés par la justice
Elle repense au drone qui survolait la résidence une semaine plus tôt. Y a-t-il un lien ? Rien ne permet aujourd’hui de l’affirmer. « Cet incident m’a laissé penser que le drone était peut-être là en repérage. C’est la première fois que je vois ça alors que je vis ici depuis trois ans. Je suis une mère célibataire et je ne me sens pas en sécurité », souffle-t-elle. Son propriétaire a l’intention de déposer plainte pour les dégradations et a promis de sécuriser davantage la porte d’entrée. Mais depuis, Amandine ne dort que d’un œil.
Des livraisons en prison
Dans la nuit du lundi 25 au mardi 26 mai, Isabelle dormait, elle, sur ses deux oreilles quand elle a été réveillée par un drone. « Cette nuit, à 4 h 30, il y avait un drone à la fenêtre de notre chambre alors que nous dormions la fenêtre ouverte. Le bruit nous a réveillés en sursaut et l’appareil est ressorti immédiatement mais nous avons continué de l’entendre à l’extérieur un petit moment », témoigne celle qui vit dans le quartier de la mairie, à Tarbes, sur les réseaux sociaux.
Voyeurisme ? Repérage en amont d’un cambriolage ? Le commissariat a une autre hypothèse. Si les services de police n’ont pas reçu de plaintes récemment pour ces faits, ils ont en revanche remarqué une augmentation significative de livraisons en prison par drone.
À lire aussi :
Un couple interpellé pour une livraison de merguez par drone, à la prison de Tarbes
« On a observé que le décollage de l’appareil était de plus en plus éloigné du lieu de livraison, la maison d’arrêt donc, pour éviter les soupçons. Par exemple, il y a quelque temps, nous avons intercepté un drone qui est parti d’Aureilhan, près du stade, pour arriver à la maison d’arrêt. Un autre jour, l’engin a décollé depuis la rue Brauhauban, pour une livraison en prison », fait remarquer un service de la police nationale dans les Hautes-Pyrénées.
Dans la nuit du dimanche 10 au lundi 11 mai, trois jeunes ont notamment été interpellés après le survol de la maison d’arrêt par un drone. L’engin, équipé d’un chargeur de téléphone, d’écouteurs et de 60 grammes de résine de cannabis, est parti de la rue Brauhauban, à 1,5 km à vol d’oiseau de la prison. En septembre dernier, un couple a été pris en flagrant délit en train de piloter un drone chargé de merguez pour approvisionner les détenus.