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TEMOIGNAGES. « Les limaces rentrent par la fenêtre » : moisissure, invasion de cafards, infiltration d’eau… Le ras le bol des habitants d’une résidence de Tarbes


l’essentiel
À Tarbes, les résidents de l’ensemble de Lattre de Tassigny vivent un enfer quotidien marqué par l’humidité et les nuisibles. Devant l’épuisement des familles et des années de réclamations ignorées, le nouveau président de la SEMI et maire de la ville, Pascal Claverie, tape du poing sur la table. Deux emprunts bancaires viennent d’être contractés pour lancer un plan de sauvetage financier.

Assis sur sa chaise pliante dans la cour, Raymond cherche un peu de fraîcheur. Comme lui, plusieurs locataires de la résidence de Lattre de Tassigny préfèrent fuir leurs logements étouffants. “Il fait 31 degrés dans mon entrée, alors qu’il fait plus frais dehors aujourd’hui”, soupire le résident installé ici depuis dix ans, en pointant du doigt le thermomètre de son appartement.

Entre la chaleur, les moisissures, les invasions de cafards et les infiltrations d’eau, le quotidien des habitants s’est transformé en un véritable calvaire au fil des années. Il y a encore peu, des pancartes fleurissaient d’ailleurs sur les murs des bâtiments pour dénoncer ces conditions de vie. Aujourd’hui, il n’en reste que des morceaux de ruban adhésif. Les affiches ont été arrachées par des mains extérieures, que les habitants soupçonnent fortement d’appartenir au bailleur.

Il y a encore peu, des pancartes fleurissaient d'ailleurs sur les murs des bâtiments pour dénoncer ces conditions de vie.
Il y a encore peu, des pancartes fleurissaient d’ailleurs sur les murs des bâtiments pour dénoncer ces conditions de vie.
DDM, NRP – Camille Perdriaud

Construite il y a environ 35 ans, cette résidence gérée par la SEMI (Société d’économie mixte de construction) de Tarbes a fait l’objet de multiples alertes, longtemps restées sans réponse. Une situation désormais jugée “inacceptable” par Pascal Claverie, maire de Tarbes, qui a repris la présidence de la SEMI il y a un mois.

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Le calvaire des résidants

Au bas des portes des logements du rez-de-chaussée, une poudre blanche s’étire le long des couloirs, signe d’une lutte permanente contre les nuisibles. Blattes, cafards, rats… les habitants subissent la totale. Il faut dire que l’environnement s’y prête : du sol au plafond, des plaques noires de moisissure recouvrent la peinture d’origine.

Au bas des portes des logements du rez-de-chaussée, une poudre blanche s'étire le long des couloirs, signe d’une lutte permanente contre les nuisibles.
Au bas des portes des logements du rez-de-chaussée, une poudre blanche s’étire le long des couloirs, signe d’une lutte permanente contre les nuisibles.
DDM, NRP – Camille Perdriaud

Dans un appartement du bâtiment F, une famille de cinq personnes – dont le dernier enfant n’a que quelques mois – cohabite avec ces murs insalubres depuis trois ans. Leurs multiples signalements n’ont débouché que sur de simples visites de contrôle, sans suite. À bout de forces, ces locataires avaient décidé de suspendre le versement de leur loyer. La justice ne leur a pas donné raison. Aujourd’hui, ils doivent non seulement s’acquitter de leur loyer de 700 euros, mais aussi rembourser leur dette.

Des plaques noires de moisissure recouvrent la peinture d’origine.
Des plaques noires de moisissure recouvrent la peinture d’origine.
DDM, NRP – Camille Perdriaud

“Il faudrait tout démolir”

Cette humidité ambiante découle sûrement directement des infiltrations d’eau. Chez Raymond, dans le bâtiment H, le plafond goutte à chaque averse. “Les limaces rentrent par la fenêtre, j’ai dû mettre du silicone moi-même”, explique ce sexagénaire. Face à l’inaction de la SEMI, les résidents se retrouvent obligés de bricoler pour limiter les dégâts.

Les dysfonctionnements sont pourtant connus depuis de longues années. En 2024, les locataires de cette résidence, qui compte 67 logements, se sont unis pour monter un dossier collectif. Ce document volumineux, rassemblant de nombreuses photos, une pétition, des certificats médicaux et des copies de courriels restés sans réponse, a été transmis à de nombreuses instances, de la préfecture des Hautes-Pyrénées à l’Agence régionale de santé, en passant par l’ADIL et la SEMI. Deux ans plus tard, le constat reste amer. En dehors de quelques visites de contrôle, aucune intervention concrète n’a été menée.

En 2024, les locataires de cette résidence, qui compte 67 logements, se sont unis pour monter un dossier collectif.
En 2024, les locataires de cette résidence, qui compte 67 logements, se sont unis pour monter un dossier collectif.
DDM, NRP – Camille Perdriaud

Trois millions d’euros débloqués en urgence

L’usure physique se double désormais d’une profonde détresse psychologique pour ces familles à bout de force. Face à l’impasse, l’espoir a laissé place à une volonté de fuir les lieux. C’est le cas d’un agent de sécurité de l’hôpital de Tarbes. Son médecin lui a délivré un certificat médical formel, l’enjoignant à déménager d’urgence car les moisissures aggravent ses problèmes respiratoires. “Il faudrait tout démolir, on ne peut plus rien sauver”, lâchent, résignés, plusieurs résidents.

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Contacté par nos soins, Pascal Claverie assure vouloir “prendre le taureau par les cornes”. Le nouveau président de la SEMI, installé depuis seulement un mois, ne cache pas son indignation face à la gestion de ses prédécesseurs. “La SEMI a déserté pour ne pas s’endetter, ce n’est pas la stratégie à adopter aujourd’hui”, tranche-t-il.

Pour parer au plus pressé, le maire a contracté il y a quelques jours deux emprunts de 1 et 2 millions d’euros. Cette trésorerie d’urgence doit permettre de traiter dans les six prochains mois les problèmes de moisissures et de nuisibles. Le reste des rénovations s’inscrit dans un plan pluriannuel de la SEMI courant jusqu’en 2035, qui prévoit notamment le démoussage des toitures en 2027, puis l’étanchéité du toit et des façades en 2028.

“La Ville se doit d’être exemplaire sur ce dossier”, martèle l’édile, qui s’engage par ailleurs à ce qu’aucun nouveau locataire ne soit installé tant que les désordres ne seront pas résolus, et promet d’aller rapidement à la rencontre des résidents.



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