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Victoire pour les salariés de l’entreprise Colas à Tarbes, leur collègue réintégré dès lundi après avoir été licencié pour ne pas avoir porté ses bouchons d’oreille
Après trois jours de grève, les salariés de l’entreprise Colas à Tarbes ont obtenu gain de cause. Leur collègue, licencié officiellement pour non-port des protections auditives sur un chantier, sera réintégré dès ce lundi. Plusieurs agents des dépôts d’Agen et de Pau étaient venus prêter main-forte à la grève ce vendredi 3 juillet au matin.
À l’entrée du dépôt de l’entreprise de travaux publics Colas à Tarbes ce matin, les syndicalistes CGT sont moins d’une dizaine. Plusieurs travaillent pour le même employeur à Agen, d’autres à Pau, l’un est retraité tandis qu’un autre travaille chez Daher. Sourires aux lèvres, le secrétaire général de la CGT de l’union locale de Tarbes annonce la nouvelle : « Le licenciement a été annulé et remplacé par une mise à pied de quatre jours. »
L’ambiance est à la détente. Trois jours plus tôt, le mardi 30 juin, un mouvement de grève spontané avait été initié. Aucune équipe n’avait depuis quitté le dépôt, pour protester contre le licenciement d’un régleur de finisseur de 53 ans.
Ouvrier depuis une vingtaine d’années au sein de l’entreprise tarbaise, il lui était reproché de ne pas avoir porté les appareils de protection auditive pourtant obligatoires sur le chantier. Selon les grévistes, celui-ci aurait retiré son dispositif justement pour discuter avec un des responsables. Toujours est-il que le licenciement pour faute grave était jugé disproportionné par l’ensemble des salariés.
Alors que des chefs de chantier ont suivi le mouvement de grève, le représentant départemental de la CGT, Anthony Dulouard, s’est entretenu dans la matinée avec le chef d’agence du dépôt de Colas à Tarbes. « La sanction disciplinaire a été remplacée par une mise à pied de quatre jours. Notre collègue reprendra lundi, sous réserve de la reprise des chantiers par les salariés dès aujourd’hui, du respect des consignes de sécurité ainsi que d’une confiance renouvelée envers l’encadrement », a déclaré le représentant.
Outre cette « confiance renouvelée », les salariés ont aussi obtenu des garanties sur la capacité à faire remonter les problématiques concernant le port des équipements de protection individuels (EPI), « qui concernent tout autant le personnel de l’encadrement » selon les dires de certains des ouvriers présents ce matin.
« La solidarité des salariés de Tarbes a payé »
Par la voix d’Anthony Dulouard, la CGT « se réjouit de la réintégration du collègue ainsi que du débat constructif permettant la remise à plat des règles. Elle espère que l’agence de Tarbes retrouvera son entrain et son activité essentielle pour le département. La solidarité des salariés de Tarbes et des autres agences a payé. »
C’est le maître mot de ce matin : la solidarité paie. « Il y a un côté humain qui a été retrouvé dans cette mobilisation », affirme le délégué syndical Philippe Pery, salarié à l’agence Colas de Pau. Du côté d’Agen, Guillaume Gouchet, représentant du personnel et élu CGT-SSCT, prend la sanction à cœur. « On est venus pour montrer notre soutien. Si on laisse passer ça, on laisse tout passer. Même la mise à pied de quatre jours, pour un collègue qui a vingt ans de maison, c’est lourd. »
Le secrétaire général de l’UL-CGT de Tarbes complète : « Cette histoire de protections auditives manquantes, pour moi, c’est un prétexte pour punir un salarié qui avait sans doute un peu trop de répartie. » Malheureux mais réel, les manquements au port des EPI sont choses courantes dans le milieu des travaux publics.
« C’est un système à deux vitesses »
Un des salariés de Pau en sait quelque chose. « C’est un système à deux vitesses. Quand on voit l’encadrement arriver sur les chantiers, ils n’ont ni chaussures de sécurité ni jugulaires de casque accrochées », s’insurge-t-il. Selon lui, c’est l’ensemble des agences du secteur qui sont concernées par ce type de problématiques.
« On sait que c’est important d’être en sécurité. On les entend beaucoup moins se préoccuper de notre santé quand on est exposés à des produits CMR [ces agents chimiques cancérigènes, NDLR] », conclut celui qui dit se prénommer Gérard Lambert. Contactée, la direction de l’agence Colas à Tarbes n’a pas souhaité répondre à nos questions.