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VIDEO. Mort de Lionel Jospin : « Je suis profondément marqué par sa disparition, je pleure un ami » confie Jean Glavany, ancien ministre
Jean Glavany a très bien connu Lionel Jospin qu’il a côtoyé de longues années dans l’entourage de François Mitterrand puis au sein du gouvernement Jospin entre 1997 et 2002 comme ministre de l’agriculture. Affecté par sa disparition, il lui rend hommage.
« Ma première réaction, c’est de pleurer un ami. J’avais des liens extrêmement étroits avec lui. Je lui suis toujours resté très fidèle. Nous nous voyions très régulièrement, nous déjeunions ensemble à Paris. Ces derniers mois, je l’ai eu au téléphone je ne sais combien de fois depuis son hospitalisation en septembre. J’avais donc avec lui des liens d’amitié et de fidélité très puissants. Je suis profondément marqué par sa disparition, même si elle n’est pas totalement inattendue. Nous avions constaté son déclin ces dernières semaines, ces derniers jours, et je m’y attendais. Mais ce n’est pas parce qu’on s’y attend qu’on est préparé. Je suis très ému et très sonné par cette disparition » explique Jean Glavany joint au téléphone.
« Lionel Jospin traitait d’égal à égal avec Mitterrand »
Quelles traces va laisser Lionel Jospin dans l’histoire politique de la cinquième République ?
« Il va laisser deux traces. La première, c’est qu’il a été un mitterrandiste historique. Il a participé de très près à l’aventure mitterrandienne des deux septennats de François Mitterrand. Il lui a succédé comme premier secrétaire avant l’élection présidentielle. Il a été très proche de Mitterrand pendant tout le premier septennat, le voyant régulièrement et étant très associé à l’exercice du pouvoir à l’Élysée. Il est ensuite devenu ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale, dans le deuxième septennat. Il a donc participé de très près à tout cela. C’était un des grands fidèles de Mitterrand, sur lesquels celui-ci pouvait s’appuyer, avec sa rigueur morale, sa rigueur politique et son caractère. Lionel n’était pas un courtisan : c’était un homme qui traitait d’égal à égal avec Mitterrand, de manière très honnête et très franche » indique Jean Glavany.
« Lionel Jospin et le gouvernement de la gauche ont réduit la dette et le déficit »
« La deuxième trace, c’est évidemment le gouvernement de la gauche plurielle, dans la cohabitation de 1997 à 2002, dont j’ai fait partie. C’est, pour moi, une expérience exceptionnelle. C’était un homme qui avait su rassembler toute la gauche — un homme de rassemblement, donc —, qui savait écouter. Lors des réunions de ministres à Matignon, il laissait la parole se dérouler très librement, prenait des notes sur tout ce que disaient les uns et les autres. Il avait une autorité naturelle : il tranchait les débats, décidait, arbitrait. Tout cela se faisait de manière très collective. Je pense que ce quinquennat, à la fois pour la gauche et pour le pays, a été très bénéfique. On oublie souvent — même dans les hommages rendus depuis ce matin — que, pendant ces cinq années, Lionel Jospin et le gouvernement de la gauche ont réduit la dette et le déficit, ce qu’aucun gouvernement n’a fait depuis quarante ans, si ce n’est celui-là. De manière notoire, les déficits et la dette ont baissé. C’était rigoureux, comme tout ce qui concernait Jospin » ajoute Jean Glavany.
Sur la trajectoire politique de Lionel Jospin, de l’OCI au PS, Jean Glavany assure qu’il l’a « plutôt bien vécu. »
» Il y en a eu des dizaines comme lui. Mais lui s’est arrêté au Parti socialiste et à gauche. Beaucoup d’autres, venus de l’OCI ou de l’extrême gauche, ont fini à droite, voire à l’extrême droite aujourd’hui. François Mitterrand avait cette capacité à « arrêter au passage », si je puis dire, à mobiliser d’anciens communistes, d’anciens trotskistes, et à les faire travailler avec lui. Dans le rassemblement de la gauche, il y avait cette capacité, chez Mitterrand comme chez Jospin, à s’unir pour exercer le pouvoir et proposer une alternative politique — ce que ne font pas les gauchistes. »
Lionel Jospin peut-il être inspirant pour la gauche actuelle ? « Quelqu’un d’honnête, rigoureux et rassembleur comme Lionel Jospin ne peut être qu’inspirant pour la gauche » affirme encore Jean Glavany.