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Pyrénées – Guerre au Moyen-Orient : Quand la géopolitique impacte l’économie locale
Philippe Rouby, président de l’association des anciens de Sciences Po des Hautes-Pyrénées, livre son analyse des tensions au Moyen-Orient et de leurs possibles répercussions jusque dans l’économie locale.
La Semaine des Pyrénées : Comment analysez-vous la guerre actuelle au Moyen-Orient ?
Philippe Rouby : On a souvent tendance à regarder ce conflit uniquement à l’échelle régionale. Bien sûr, les dynamiques locales comptent beaucoup. Mais si l’on prend un peu de recul, on voit que cette guerre s’inscrit dans une transformation plus large du système international. Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis occupent une position dominante. Aujourd’hui, cette position est progressivement contestée par la montée en puissance de la Chine. Dans ce contexte, certaines régions deviennent des lieux où se projettent les rivalités entre grandes puissances. Le Moyen-Orient en fait clairement partie. La région reste stratégique en raison de ses ressources énergétiques et de sa position entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique.
Vous évoquez la théorie du piège de Thucydide. Pouvez-vous expliquer ?
C’est une idée qui vient de l’historien grec Thucydide. Il expliquait que la guerre du Péloponnèse avait éclaté parce que la montée en puissance d’Athènes avait inquiété Sparte, la puissance dominante de l’époque. Aujourd’hui, certains analystes utilisent cette idée pour parler de la relation entre les États-Unis et la Chine. La Chine progresse très vite sur le plan économique, technologique et militaire, tandis que les États-Unis restent la première puissance mondiale. Dans ce genre de situation, les tensions ont tendance à augmenter. La puissance installée cherche à conserver sa place, tandis que la puissance émergente veut affirmer la sienne. Cela ne veut pas dire qu’un conflit est inévitable, mais l’équilibre devient plus fragile.
La situation du Venezuela entre-t-elle dans cette logique ?
Oui, en partie. Le Venezuela montre comment la rivalité entre grandes puissances peut se retrouver dans certaines crises régionales. Depuis plusieurs années, la Chine s’est beaucoup rapprochée du Venezuela, notamment dans le secteur pétrolier. Pékin a accordé d’importants prêts et obtient en échange du pétrole. Pour les États-Unis, voir la Chine renforcer son influence en Amérique latine est un sujet stratégique. La crise du Venezuela s’explique d’abord par des facteurs internes, mais elle s’inscrit aussi dans cette rivalité plus large.
Où se situe Israël dans cet équilibre régional ?
Israël reste un allié majeur des États-Unis au Moyen-Orient. Les deux pays coopèrent étroitement sur les plans militaire, technologique et sécuritaire. Pour les dirigeants israéliens, la priorité reste la sécurité nationale, en particulier face à l’Iran. Ils considèrent que ce dernier soutient plusieurs mouvements hostiles à Israël, notamment le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban, organisation proche de l’Iran et issue du courant chiite. Dans cette perspective, Israël estime devoir se défendre dans un environnement régional qu’il juge particulièrement hostile.
Le risque nucléaire iranien est-il réellement préoccupant ?
Oui, c’est une question importante. L’Iran possède aujourd’hui des capacités nucléaires avancées et des stocks d’uranium enrichi élevés. Cela ne signifie pas qu’il possède déjà une arme nucléaire ni qu’il ait décidé d’en fabriquer une. Mais le pays se rapproche du seuil technique qui le permettrait.
Pour autant, il n’y avait pas de danger immédiat. Selon un article du Le Monde, les services de renseignement américains estimaient encore récemment que l’Iran n’était pas sur le point de déployer une arme nucléaire. Si l’Iran devenait une puissance nucléaire, l’équilibre du Moyen-Orient serait profondément modifié et pourrait encourager d’autres pays de la région à suivre la même voie.
Quelle est la position de Donald Trump face au régime iranien ?
La position de Donald Trump est assez directe. Son objectif est d’empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Mais il existe aussi un enjeu énergétique. Aujourd’hui, la Chine est devenue le principal acheteur de pétrole iranien, avec plus d’un million de barils par jour. Dans ce contexte, la pression américaine sur l’Iran vise aussi indirectement ces flux énergétiques qui alimentent l’économie chinoise. Trump ne semble pas vraiment chercher à dialoguer avec le régime des mollahs. Sa stratégie repose surtout sur la pression économique.
Sommes-nous en train d’assister à une recomposition de l’ordre mondial ?
Oui, très probablement. Nous entrons dans une période de transition. La montée en puissance de la Chine, le retour de la rivalité entre grandes puissances et les tensions dans plusieurs régions montrent que l’équilibre international évolue. Il faut aussi rappeler que la géopolitique est vivante. Les rapports de puissance changent avec le temps. On oublie souvent qu’au XVIe siècle l’Espagne était la première puissance mondiale et que le Portugal occupait la deuxième place grâce à leurs grandes routes maritimes. Les équilibres internationaux ne sont donc jamais figés. Les puissances montent, déclinent et le système mondial se transforme.
Ce conflit peut-il avoir des conséquences pour les entreprises françaises et celles des Hautes-Pyrénées ?
Oui, même si ces effets restent souvent indirects. La première conséquence concerne l’énergie. Les tensions au Moyen-Orient peuvent faire monter les prix du pétrole ou du gaz, ce qui a un impact sur les transports, l’industrie ou l’agriculture. Il faut aussi regarder le détroit d’Ormuz, un passage maritime essentiel entre l’Iran et Oman. Une part très importante du pétrole mondial y transite. L’OPEP a récemment augmenté sa production pour stabiliser les marchés, mais si l’Iran perturbait le trafic dans ce détroit, les livraisons de pétrole et de gaz pourraient être fortement réduites. Dans un département comme les Hautes-Pyrénées, cela pourrait toucher plusieurs secteurs. L’industrie, notamment l’aéronautique et la métallurgie, est sensible au coût de l’énergie et aux matières premières. Le tourisme pourrait aussi être affecté si les transports deviennent plus chers ou si l’économie ralentit.
Même un territoire comme les Hautes-Pyrénées reste lié à l’économie mondiale. Comme le rappelait le philosophe et politologue Raymond Aron : « La paix est impossible, la guerre est improbable. » Autrement dit, malgré les tensions, les États restent conscients des conséquences qu’aurait un conflit majeur. Et l’histoire montre que les économies locales savent souvent s’adapter aux crises internationales.