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« Certaines espèces sont particulièrement difficiles à observer » : Maël Morlhon raconte son métier de photographe animalier


l’essentiel
Originaire d’un petit village à proximité d’Argelès-Gazost, en vallée des Gaves, Maël Morlhon est photographe professionnel depuis 4 ans. Entretien.

Comment vous est venue cette passion ?

Maël Morlhon : J’ai toujours été attiré par l’image, mais surtout par l’image liée à la nature et au monde animal. À l’âge de dix ans, mes parents m’ont offert mon premier appareil photo. C’est avec lui que j’ai commencé à photographier la vie sauvage autour de chez moi. Je passais beaucoup de temps dehors à essayer de capturer des animaux ou simplement des instants de nature. Avec le recul, je pense que c’est vraiment à ce moment-là que la passion est née.

Racontez-nous une semaine typique dans votre vie de photographe…

Il faut déjà savoir que je ne suis pas un photographe sédentaire. Je me déplace beaucoup entre le piémont pyrénéen, Toulouse et différentes destinations à travers le monde, car je travaille avec plusieurs agences de voyages et d’expéditions. Une semaine dans ma vie pourrait se découper en quatre grandes parties.

La première, et peut-être la plus importante pour moi, c’est le temps personnel. J’ai besoin d’aller régulièrement en montagne, de faire du sport, de me dépenser. C’est un équilibre essentiel : c’est dans ces moments-là que je recharge mon énergie et que viennent souvent les idées, que ce soit pour mes projets photo, vidéo ou pour l’écriture.

Ensuite, il y a évidemment le temps de tournage. Cela peut être des réalisations en montagne, par exemple pour l’office de tourisme de Cauterets, mais aussi des expéditions plus lointaines. L’année dernière, j’ai travaillé au Botswana ou à Madagascar, et plus récemment j’étais au Kenya pour l’ascension du mont Kenya avec une agence de trekking.

Une autre partie importante est consacrée à la postproduction : trier les images, monter les films, travailler la couleur, préparer les livraisons pour les clients. Et enfin, il y a tout l’aspect administratif et le démarchage, qui font aussi partie intégrante de la vie d’un indépendant.

Concernant les photos d’animaux, n’est-ce pas trop dur d’attendre des heures sans bouger pour prendre une photo ?

Ce n’est pas forcément dur, mais c’est exigeant. Photographier la faune sauvage demande beaucoup de préparation et de connaissances. Il faut connaître les espèces, leurs habitudes, les horaires auxquels elles se déplacent, les lieux de passage. C’est tout ce travail en amont qui rend la réussite possible.

Certaines espèces sont particulièrement difficiles à observer. Je pense par exemple au loup. J’ai passé un mois en Italie pour tenter de le photographier. Pendant un mois, je sortais tous les jours plusieurs heures le matin et plusieurs heures le soir, et malgré tout cela, je n’ai réussi à l’observer que trois fois. Cela donne une idée de la patience que cela demande.

Est-ce que vous avez des cachettes ou des vêtements de camouflage ?

Oui, bien sûr. Dans la photographie animalière, on parle plutôt d’ »affûts ». Personnellement, je n’ai pas construit de cabanes fixes, mais j’ai repéré au fil du temps des endroits précis où je peux me cacher : un buisson, un arbre, une zone de végétation qui me permet de rester discret.

Pour compléter cela, j’utilise évidemment des vêtements de camouflage : une tenue adaptée, une casquette, des gants et un tour de cou afin de cacher toutes les parties de peau visibles. La peau et les yeux sont souvent ce qui trahit le plus facilement la présence humaine, car la faune y est très sensible. J’utilise aussi des filets de camouflage, un peu comme ceux utilisés dans le milieu militaire, sous lesquels je peux me dissimuler pour me fondre complètement dans le décor. L’objectif est de ressembler le plus possible à un élément naturel du paysage.

Qu’est-ce que vous n’aimez pas dans votre métier ?

Ce sont certaines tendances liées aux réseaux sociaux et à la manière dont on doit parfois produire des images aujourd’hui. On est dans une époque où tout va très vite : il faut capter l’attention immédiatement, produire des images très dynamiques, très chargées, pour retenir quelques secondes l’attention du spectateur. Avec les tendances d’Instagram ou d’autres plateformes, on est parfois dans une logique d’images rapides et très efficaces, mais qui laissent moins de place à l’émotion, à la lenteur et à la contemplation. C’est un peu l’opposé de ce que j’aime dans l’image de nature, où l’on prend justement le temps de raconter une histoire, comme dans un documentaire.

Et ce que vous préférez ?

La liberté. Le fait d’être indépendant me permet d’organiser ma vie et mon temps autour de ce qui me passionne vraiment : la nature, les expéditions, l’image et l’écriture. C’est un métier exigeant, mais il offre une liberté précieuse, celle de choisir ses projets et de construire sa propre trajectoire.



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