Actualités Hautes-Pyrénées
Les Pyrénées perdent 3 jours de gel et gagnent 4,9 jours d’été par décennie
Une étude transfrontalière pilotée par le Servei Meteorològic de Catalunya dans le cadre du projet européen LIFE Pyrenees4Clima confirme une évolution nette du climat pyrénéen. Moins de gelées, davantage de journées estivales et une hausse marquée des températures : les indicateurs convergent vers un réchauffement durable de l’ensemble du massif.
Le constat, formulé dans le communiqué scientifique diffusé le 15 avril 2026, résume à lui seul la tendance observée dans les Pyrénées. L’étude met en évidence une diminution régulière des jours de gel (températures minimales sous 0 °C) et une augmentation des journées estivales (températures maximales supérieures à 25 °C). Depuis 1959, le massif a ainsi perdu environ 20 jours de gel et gagné 32 jours d’été. Au-delà de ces chiffres, les chercheurs soulignent une modification plus profonde du climat : les épisodes de chaleur durent plus longtemps, tandis que les périodes de froid raccourcissent. « Une tendance claire vers un climat pyrénéen plus chaud, et sur le versant sud, plus sec », indique Jordi Cunillera, responsable du groupe climat du Meteocat, cité dans le communiqué.
Une hausse marquée des températures
Les relevés confirment une augmentation significative de la température moyenne annuelle, estimée à +1,9 °C depuis 1959. En été, la hausse atteint jusqu’à +2,7 °C. Autre indicateur en progression : les nuits tropicales, ces nuits où la température ne descend pas en dessous de 20 °C, deviennent de plus en plus fréquentes dans la chaîne pyrénéenne. Ces évolutions ne concernent pas uniquement l’air. Elles affectent également les milieux aquatiques d’altitude.
Des lacs de montagne eux aussi impactés
Le réchauffement touche aussi les eaux de surface. Dans certains lacs pyrénéens, la température a nettement augmenté ces dernières années. Dans l’Ibón de Marboré, côté aragonais, la température de l’eau en surface (jusqu’à 5 mètres de profondeur) a progressé de près de 0,5 °C en dix ans. Une évolution qui favorise les vagues de chaleur lacustres et réduit la durée de couverture glacée. Selon les chercheurs de l’IPE-CSIC, ces changements peuvent provoquer des épisodes d’anoxie, un manque d’oxygène dans l’eau, susceptibles de perturber fortement les écosystèmes aquatiques, comme cela a été observé durant l’hiver 2023-2024.
Pollution atmosphérique : le rôle croissant des particules
L’étude ne se limite pas aux températures. Elle met également en évidence une augmentation des aérosols dans l’atmosphère pyrénéenne, notamment le sable saharien et les particules issues des incendies. Les mesures réalisées sur le site expérimental de Formigal-Sarriós par l’AEMET ont relevé en 2025 un pic de dépôts de suie supérieur à 5 000 ng/m³. Ce phénomène est directement lié aux mégafeux survenus l’été précédent en Castille-et-León et en Galice. Ces particules peuvent parcourir de longues distances, comme l’ont déjà montré des épisodes liés à des incendies au Canada. « Nous sommes face à un impact croissant des feux de forêt et du transport atmosphérique de polluants », souligne le chercheur Jorge Pey. Le sable saharien, quant à lui, atteint régulièrement les Pyrénées. S’il peut enrichir les sols en faibles quantités, il accélère la fonte de la neige et de la glace en modifiant leur capacité à réfléchir la lumière solaire.
Un outil de suivi annuel du changement climatique
Ces résultats sont publiés dans le Bulletin des indicateurs du changement climatique des Pyrénées (BICCPIR), un document actualisé chaque année. Ce travail s’appuie sur l’analyse de 12 séries de températures et 26 séries de précipitations réparties sur l’ensemble du massif, avec des données couvrant la période 1950-2024. Le projet est coordonné par l’Observatoire pyrénéen du changement climatique, une initiative transfrontalière de la Communauté de travail des Pyrénées, avec la participation de plusieurs organismes scientifiques, dont Météo-France et le service météorologique andorran.
Une tendance appelée à se poursuivre
Au fil des années, les indicateurs confirment une transformation progressive mais continue du climat pyrénéen. La diminution des gelées, l’allongement des périodes estivales, le réchauffement des eaux et l’augmentation des particules atmosphériques dessinent un nouvel équilibre climatique, dont les conséquences sur les écosystèmes de montagne et les activités humaines restent au cœur des préoccupations scientifiques.