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les révélations de l’enquête sur la mort du brigadier Alexandre Lanckbeen


Un « jeu » avec une arme, de l’alcool et une scène modifiée : l’enquête dévoile les circonstances du drame qui a coûté la vie à un militaire du 35e RAP de Tarbes.

Plusieurs mois après les faits, l’enquête judiciaire permet d’en savoir davantage sur les circonstances de la mort du brigadier Alexandre Lanckbeen, militaire du 35e régiment d’artillerie parachutiste (35e RAP) de Tarbes. Blessé par balle lors d’une soirée alcoolisée entre camarades alors qu’il participait à une mission Sentinelle en région parisienne, le jeune soldat est décédé cinq jours plus tard. Les investigations mettent en lumière un « jeu » impliquant une arme de service, une consommation importante d’alcool et la modification de la scène avant l’arrivée des enquêteurs, précisent nos confrères de France 3 Occitanie.

Une soirée entre militaires qui tourne au drame

Les faits se déroulent dans la nuit du 14 au 15 février 2026, à l’Hôpital national d’instruction des armées Percy, à Clamart, où logent plusieurs militaires du 35e RAP engagés dans le cadre de l’opération Sentinelle. Selon les éléments recueillis par les enquêteurs et révélés notamment par France 3 Occitanie, sept membres du régiment tarbais décident d’organiser un « apéro » à l’occasion de la Saint-Valentin. Au fil de la soirée, marquée par une importante consommation d’alcool, un « jeu » impliquant une arme est mis en place. Les investigations font état d’une consommation excessive de rhum et de bières. Dans ce contexte, plusieurs militaires auraient participé à un jeu consistant à tester la réactivité de chacun lorsqu’une arme leur était tendue.

« La balle est partie dans la tête de mon pote »

Au cœur du dossier se trouve Benjamin L., âgé de 20 ans au moment des faits. Entendu par les enquêteurs, il reconnaît être à l’origine du tir qui a grièvement blessé Alexandre Lanckbeen. Selon ses déclarations, il aurait appuyé sur la détente « juste pour entendre le fameux clic » du percuteur. Il affirme avoir cru que l’arme était vide. « La balle est partie dans la tête de mon pote », aurait-il déclaré aux enquêteurs avant d’ajouter : « Ma vie est foutue ». Touché à la tête par un projectile de calibre 9 mm vers 4 h 30 du matin, Alexandre Lanckbeen est immédiatement pris en charge et transporté au bloc opératoire. Malgré les soins prodigués, le brigadier succombe à ses blessures cinq jours plus tard.

Pourquoi l’arme était-elle chargée ?

L’une des principales interrogations de l’enquête concerne la présence d’une arme chargée dans un lieu de vie collectif. Benjamin L. a reconnu ne pas avoir vérifié l’état de l’arme avant de manipuler celle-ci. Les investigations ont établi que l’arme appartenait au chef de groupe, Mohamed C., sous-officier âgé de 34 ans. Celui-ci a admis l’avoir laissée dans une armoire de la salle commune sans la sécuriser sous clé, estimant que personne n’y toucherait. Cette décision constitue l’un des points examinés par la justice dans le cadre des responsabilités éventuelles des cadres présents lors de cette mission.

Une scène « nettoyée » avant l’arrivée des policiers

L’enquête a également mis au jour des faits intervenus immédiatement après le tir. Mohamed C. a reconnu avoir donné plusieurs consignes visant à remettre en ordre les lieux avant l’arrivée des forces de l’ordre. Il aurait notamment demandé de « balancer la bière » et de « vider les poubelles », précisent nos confrères de France 3 Occitanie. Le sous-officier affirme ne pas avoir eu l’intention de « maquiller une scène de crime ». Selon ses déclarations, son objectif était plutôt de « minimiser » les conséquences disciplinaires et les sanctions militaires susceptibles d’être prises en raison de la consommation d’alcool. Pour les enquêteurs, ces modifications de l’état des lieux constituent néanmoins un élément important du dossier.

Trois militaires mis en examen

À l’issue des premières investigations, trois militaires du 35e RAP avaient été mis en examen par le parquet de Paris, compétent pour cette affaire. Benjamin L. était initialement poursuivi pour violences avec arme suivies d’infirmité permanente ainsi que pour violation de consigne par consommation d’alcool. Son avocat avait alors indiqué que son client reconnaissait être à l’origine du tir tout en soutenant son caractère accidentel. Mohamed C. et son adjoint, Fabien B., âgé de 30 ans, étaient quant à eux été mis en examen pour blessures involontaires ayant entraîné une incapacité supérieure à trois mois par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. Ils étaient également poursuivis pour modification de l’état des lieux d’un crime ou d’un délit afin de faire obstacle à la manifestation de la vérité, ainsi que pour violation de consigne par consommation d’alcool. Avec le décès d’Alexandre Lanckbeen, annoncé le 20 février par le gouverneur militaire de Paris, la qualification des faits et les poursuites engagées à l’encontre des trois militaires étaient appelées à évoluer.

Deux cadres écartés de leurs fonctions

Dans le même temps, l’institution militaire a pris des mesures administratives à l’encontre des deux cadres concernés. Selon l’Armée, Mohamed C. et Fabien B., toujours liés à l’institution militaire au moment des décisions, ont été écartés de leurs fonctions et ne sont plus présents au régiment, précisent encore nos confrères de France 3 Occitanie. L’Armée a également indiqué qu’ils seraient convoqués devant un conseil d’enquête pouvant conduire à une résiliation de leur contrat. L’annonce du décès du brigadier Alexandre Lanckbeen avait suscité une vive émotion au sein du régiment tarbais. 

Au-delà du geste ayant conduit au tir mortel, l’enquête s’attache désormais à établir précisément les responsabilités de chacun dans cette affaire. Les magistrats cherchent notamment à déterminer les conditions dans lesquelles l’arme a été laissée accessible, le rôle des responsables hiérarchiques présents lors de la soirée et les circonstances ayant conduit à la modification de la scène après le drame. Autant d’éléments qui devront permettre à la justice de faire toute la lumière sur cette affaire qui a profondément marqué le 35e régiment d’artillerie parachutiste de Tarbes.



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