Actualités Tarbes

Retour sur l’histoire du quartier de La Planète : mémoire d’une plaine, d’un camp et d’une urbanisation progressive


Situé au nord de Tarbes, le quartier de La Planète doit son nom à l’ancien terme gascon planeto, diminutif de plana, qui signifie « petite plaine ».

Cette appellation de quartier de La Planète à Tarbes reflète fidèlement la nature du paysage qui caractérisait autrefois ce secteur : une étendue relativement plate, ouverte, dominée par les prairies et les terres agricoles. Jusqu’au début du XXᵉ siècle, cet espace constituait une zone de transition entre la ville et la campagne, s’étendant vers les terres de Bordères-sur-l’Échez.

Capture decran 2026 04 03 a 16.52.44

Les archives cadastrales du XIXᵉ siècle révèlent un territoire structuré par de petites exploitations agricoles, des pâturages et des chemins ruraux reliant les fermes aux routes menant vers Tarbes. L’économie locale repose essentiellement sur l’élevage et la culture de céréales destinées à l’alimentation humaine et animale. Les familles qui vivent dans ce secteur entretiennent des relations de voisinage étroites fondées sur l’entraide et les solidarités rurales, caractéristiques de la société bigourdane de l’époque.

Peu à peu, toutefois, l’expansion urbaine de Tarbes commence à exercer une influence sur ces espaces périphériques. Le développement industriel de la ville, notamment autour de l’arsenal et des activités mécaniques, entraîne une croissance de la population et une transformation progressive des paysages situés aux marges de l’agglomération.

Le camp de la Planète et les baraquements temporaires

Dans ce contexte d’urbanisation progressive, certains terrains périphériques sont utilisés pour installer des structures provisoires destinées à répondre à des besoins ponctuels. Le secteur de La Planète accueille ainsi un ensemble de baraquements connu dans la mémoire locale sous le nom de camp de la Planète.

Ces installations apparaissent vraisemblablement durant l’entre-deux-guerres, période marquée par des transformations économiques et sociales importantes. Le camp se compose de baraques en bois ou en tôle, construites rapidement afin de répondre à des besoins immédiats d’hébergement ou de stockage. L’architecture de ces bâtiments reste très simple : planchers légèrement surélevés pour éviter l’humidité du sol, murs constitués de planches assemblées et toitures légères recouvertes de tôle ou de matériaux bitumineux.

Les chemins qui traversent le camp sont généralement en terre battue, et les équipements collectifs demeurent rudimentaires. L’ensemble forme une petite agglomération provisoire installée au milieu des champs, dont l’organisation reste sommaire mais fonctionnelle. Les baraquements peuvent être utilisés pour plusieurs types d’activités ou d’hébergement. Ils servent notamment au logement temporaire de militaires, à l’hébergement d’ouvriers travaillant pour l’arsenal de Tarbes, ou encore à l’accueil de populations déplacées ou de travailleurs de passage.

Dans les années 1920 et 1930, le camp constitue ainsi un petit ensemble structuré de manière pragmatique, entouré de prairies et de parcelles agricoles. Malgré la présence de ces installations, le secteur conserve encore un caractère largement rural. Toutefois, la proximité de la ville et l’activité industrielle croissante commencent à modifier l’équilibre entre ville et campagne.

Les réfugiés espagnols de 1939 et la mémoire de la Retirada

La fin des années 1930 constitue une période particulièrement marquante pour la région avec l’arrivée massive des réfugiés espagnols à la suite de la guerre civile espagnole. En 1939, lors de l’épisode historique connu sous le nom de Retirada, près d’un demi-million de républicains espagnols franchissent la frontière française pour fuir l’avancée des troupes franquistes.

Capture decran 2026 04 03 a 16.53.50

Dans les Hautes-Pyrénées, comme dans l’ensemble du sud de la France, les autorités doivent organiser dans l’urgence l’accueil de ces populations. Plusieurs camps et structures provisoires sont alors mis en place afin d’héberger les réfugiés. Dans la mémoire locale, certains témoignages évoquent la présence de groupes de réfugiés espagnols installés dans des baraquements précaires situés au nord de Tarbes, notamment dans des terrains proches du secteur de La Planète ou dans des installations voisines.

Les conditions de vie dans ces structures sont souvent difficiles. Les logements sont rudimentaires, les ressources limitées et l’avenir incertain pour ces hommes, ces femmes et ces enfants qui ont quitté leur pays dans des circonstances dramatiques. Malgré ces difficultés, une partie de ces réfugiés parvient progressivement à s’intégrer dans la société locale. Certains trouvent du travail dans l’agriculture environnante, tandis que d’autres rejoignent les industries régionales ou les ateliers de Tarbes.

La présence de ces populations contribue à marquer durablement la mémoire collective de la région. Elle témoigne de l’importance des migrations politiques et des solidarités locales dans l’histoire du sud-ouest de la France.

Les baraquements après la Seconde Guerre mondiale

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France doit faire face à une crise du logement particulièrement grave. Les destructions liées au conflit, l’augmentation de la population et les déplacements de population créent une forte pression sur les villes.

Capture decran 2026 04 03 a 16.54.17 1

À Tarbes, les anciens baraquements situés dans le secteur de La Planète continuent parfois d’être utilisés pendant plusieurs années après la guerre. Ces structures servent de logements temporaires pour des familles, pour des travailleurs ou pour des personnes en attente d’une solution d’habitation plus stable. Dans de nombreuses villes françaises, les anciens baraquements militaires ou administratifs deviennent ainsi des solutions provisoires pour faire face à l’urgence.

Ces installations précaires témoignent des difficultés de l’époque mais aussi de la capacité d’adaptation des habitants. Les familles qui y vivent développent souvent des formes de solidarité et d’entraide qui contribuent à maintenir une certaine cohésion sociale dans des conditions matérielles parfois difficiles.

Capture decran 2026 04 03 a 16.54.37

Vers l’urbanisation du quartier

Cependant, les autorités municipales prennent rapidement conscience que ces solutions provisoires ne peuvent constituer une réponse durable aux besoins croissants de la population. La ville de Tarbes, en pleine expansion industrielle et démographique, doit envisager de nouveaux projets d’aménagement.

Les terrains encore agricoles situés dans le nord de la ville apparaissent alors comme des espaces particulièrement adaptés à l’urbanisation. La plaine de La Planète, autrefois occupée par des exploitations agricoles et par des installations temporaires, devient progressivement un territoire stratégique pour le développement urbain.

À partir des années 1950, les premiers programmes de construction voient le jour. Les terrains sont lotis, de nouvelles rues sont tracées et des immeubles collectifs ainsi que des pavillons individuels sont construits pour accueillir les familles venues s’installer dans la ville.

Ainsi, le secteur de La Planète connaît une transformation profonde. D’une plaine agricole marquée par la présence d’un camp de baraquements et par l’accueil de populations déplacées, il devient progressivement un quartier résidentiel structuré, participant pleinement à l’expansion de Tarbes dans la seconde moitié du XXᵉ siècle.

Cette évolution illustre les grandes transformations urbaines et sociales qui ont marqué la ville : passage d’un paysage rural à un espace urbanisé, mémoire des migrations et des crises du XXᵉ siècle, et construction progressive d’un quartier vivant, profondément inscrit dans l’histoire locale.



Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *