Actualités Hautes-Pyrénées
« Des barbares sadiques » : à Tarbes, trois prévenus condamnés pour avoir torturé un homme devant une enfant
L’affaire de violences en réunion jugée à Tarbes révèle une expédition punitive d’une rare brutalité qui aurait pu être dramatique. Une fillette de trois ans y a assisté, impuissante.
Lynchage, expédition punitive, l’affaire de violences en réunion doublée d’une séquestration et d’un vol, jugée ce jeudi 16 octobre, en comparution immédiate, devant le tribunal correctionnel de Tarbes, aurait pu se retrouver devant une cour criminelle ou aux assises.
Dans ce dossier, ils sont trois prévenus. Maeva et son compagnon Meddy comparaissent en visioconférence depuis la prison. El-Amine, ami de Meddy, est, lui, présent à l’audience. La victime, Marley, le visage encore tuméfié suite à son agression, est entourée des siens sur les bancs du public.
Les faits remontent à la nuit du 12 au 13 octobre. Elisabeth Gadoullet, juge honoraire, explique que des riverains, boulevard du Martinet, vers 0 h 15, voient un individu sorti du coffre d’un véhicule et être abandonné là par trois autres personnes. Ils contactent les policiers qui retrouvent Marley, le visage amoché, la bouche en sang. Marley donne aux policiers l’adresse de l’appartement de ses tortionnaires. Les policiers tendent l’oreille avant d’intervenir. Et ce qu’ils entendent est édifiant : Les trois agresseurs se remémorent avec délectation les actes de violence qu’ils viennent de perpétrer. Ils sont interpellés quand ils ressortent de l’appartement et placés en garde à vue. Meddy et El-Amine sont alcoolisés et leurs baskets sont couvertes de sang.
Maeva a appelé Meddy
Maeva explique qu’elle a croisé Marley, ce soir-là, à La Civette, place de Verdun. Elle explique que c’est lui qui lui a demandé d’appeler Meddy pour lui parler. Les deux jeunes hommes se sont connus en détention. Mais depuis, il y a de l’eau dans le gaz. Marley a pris ses distances avec Meddy, estimant que la relation avec sa nouvelle copine était plus importante que l’amitié qu’il portait à Meddy. Ce dernier, de son côté, précise qu’il a subi de mauvais traitements en détention à cause de Marley. Quand Meddy arrive place de Verdun avec El-Amine, il invite Marley à descendre dans le parking souterrain. Là, Meddy frappe Marley tandis qu’El-Amine lui vole son portable et des papiers d’identité. Cela aurait pu s’arrêter là.
Mais non, le trio infernal, à bord de la voiture de Maeva où cette dernière a installé sa fille de 3 ans, force Marley à monter dans le véhicule. Ils expliquent qu’ils pensaient que Marley avait un couteau et se dirigeait vers le commissariat.
La fillette hurle de terreur
Dans la voiture, Meddy et El-Amine enchaînent les coups sur Marley pendant tout le trajet jusqu’au bois du Commandeur. La fillette de trois ans pousse des cris de terreur. Les policiers vont retrouver beaucoup de sang sur le siège arrière de la voiture, jusqu’au siège bébé de la fillette. Au bois du Commandeur, les sévices montent d’un cran. Ils font déshabiller Marley, lui assènent des coups de pied et de poing, le menacent avec un marteau de couvreur. Meddy et El-Amine lui urinent dessus. Ils filment ces scènes d’une brutalité inouïe, avant, peut-être, d’en diffuser les vidéos sur les réseaux sociaux.
Pour Me Sané, conseil de Marley, on a affaire « à des barbares sadiques sans aucune circonstance atténuante. Comment a-t-on pu aller vers un tel déchaînement de violence ? »
« Je m’en voudrais toute ma vie »
Jean-François Dobeli, vice-procureur, abonde dans le même sens. « On est face à un plaisir sadique de détruire quelqu’un ? » Il ajoute en substance que la victime a eu de la chance de s’en sortir vivant. Le vice-procureur relève qu’il y a une autre victime dans ce dossier : la fille de Maeva, qui, à 3 ans, n’aurait évidemment pas dû être témoin de pareilles scènes de maltraitance traumatisantes. « Je m’en voudrais toute ma vie. Je regrette d’avoir fait vivre ça à ma fille », sanglote Maeva. Le vice-procureur considère qu’elle a pleinement participé aux faits.
Son avocate, Me Fraga, explique que l’on se trouve face à « une jeune femme sous influence, qui a tout perdu. Elle n’a rien à faire en prison », et demande une peine mixte. Meddy explique pour sa part que « sans l’alcool, cela n’aurait jamais dû arriver ». Son avocat, Me Allos, estimant qu’il faut « préparer l’avenir », demande aussi une peine mixte. Me San Vicente, conseil d’El-Amine, indique que son client « s’est associé à cette violence » car il accompagnait Meddy. Elle demande aussi une peine mixte pour son client.
Le tribunal a condamné Meddy à cinq ans, dont un avec sursis probatoire pendant deux ans. El-Amine écope de cinq ans, dont deux avec sursis probatoire pendant deux ans. Maeva est condamnée à deux ans, dont un avec sursis probatoire pendant deux ans. Tous les trois sont maintenus en détention.