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D’interprète présidentielle à barista : le destin hors du commun d’une réfugiée politique à Tarbes
Réfugiée arménienne, Syuzanna a reconstruit sa vie à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. D’interprète du président arménien à barista, son parcours illustre une résilience à toute épreuve.
Le sourire malgré l’exil. « Suzy » comme la surnomment ses amis ou ses clients les plus fidèles, ne se départit jamais de sa bonne humeur communicative, en dépit de son parcours semé d’embûches. En 2012, Syuzanna a été obligée de fuir son pays natal, l’Arménie, pour demander l’asile politique à la France. Elle a presque tout laissé là-bas, à l’exception de son fils : sa fille, son mari et sa famille.
« Bac + 7 en journalisme, j’ai été professeur de langue arménienne et de journalisme dans une université polytechnique. J’ai aussi exercé le métier d’interprète, notamment auprès du président de la République Arménien » raconte cette quadragénaire polyglotte qui parle parfaitement la langue de Molière.
Elle n’a pas ménagé sa peine pour gagner sa vie
« J’ai attendu mes papiers pour m’établir en France pendant six ans. J’ai même été obligée de vendre mes bijoux pour vivre et pour manger. En Arménie, nous avons notre fierté. Nous ne voulons pas vivre de l’aide sociale ou de la charité publique » raconte celle qui a toujours refusé de réclamer l’aumône. Agent territorial spécialisé des écoles maternelles (Atsem), animatrice, vendeuse à la boutique de Récup’Actions : cette femme aussi rayonnante qu’attachante humainement, n’a pas ménagé sa peine pour gagner sa vie.
Mais elle n’en veut pas à la France, bien au contraire. Elle lui est reconnaissante de l’avoir accueillie, parfois à bras ouverts. L’émotion affleure soudain au détour d’une phrase, comme si ses souvenirs remontaient à la surface. Dans l’élégance de la pudeur, elle retient ses larmes.
« J’ai eu la chance de rencontrer des bonnes personnes dans les Hautes-Pyrénées. La préfecture a été très gentille avec moi » remercie cette femme solaire, à l’accent chantant.
« J’adore cette région »
Elle est très fière que son fils ait terminé ses études de communication internationale à Nice et grâce à l’argent qu’il a gagné en travaillant en parallèle, lui est permis d’acheter un petit commerce place Jean-Jaurès, à deux pas de la mairie de Tarbes.
« J’adore cette région parce qu’il y a une échelle humaine, c’est pourquoi j’ai décidé d’y rester » témoigne Syuzanna qui a épousé désormais le métier de barista qu’elle accompagne de pâtisseries « maison » arméniennes, sous l’enseigne « Coffee House » 1 place Jean-Jaurès, tous les jours sauf le dimanche de 9h30 à 19 heures. La boutique vaut autant pour ses délices sucrées que pour sa délicieuse gérante. Son café a le goût du courage.