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RENCONTRE. « Les gens ont besoin de sourire » : Deux fois par semaine, Tony ambiance le marché de Tarbes avec son répertoire singulier
Les habitués des marchés tarbais connaissent son look autant que sa voix. Depuis deux ans, Tony chante, une manière de donner le sourire aux clients comme aux commerçants et de dépasser ses démons.
À l’entrée de la halle Marcadieu chaque jeudi matin, son chapeau tiré du manga One piece, qui coiffe sa longue silhouette, fait partie du décor. Mieux, Tony Lasserre peuple le marché de ses chansons, puisées dans un large répertoire, aussi traditionnel qu’improbable. « C’est comme au marché, il y en a pour tous les goûts ! » sourit ce néoquadragénaire qui n’a pas eu la vie simple.
Originaire de Bergerac, rien ou presque ne le prédestinait à entonner dans son micro les standards de la chanson française comme des titres oubliés ou méconnus. « J’ai toujours été amoureux du chant, livre celui qui a évolué, enfant, dans une chorale. Puis j’ai travaillé comme restaurateur en Bretagne. Jusqu’à ce que le covid ne tue tout. » Tony s’exile alors en Belgique où rien ne lui sera épargné. Interprète autodidacte, il commence à chanter dans la rue. De quoi lui permettre de prendre la route, qui mènera cet amoureux de nature jusqu’à Gavarnie. Il dormira neuf jours dans une grotte en septembre 2023, avant de rallier Tarbes.
400 titres et des inconnus
Il pose d’abord son micro rue Brauhauban, encouragé par les commerçants voisins. Quelques mois plus tard, Tony se propose d’ambiancer le marché, avec la complicité des placiers et des camelots. « Je ne suis pas là pour gêner, mais pour assouvir ma passion, pour manger aussi et pour faire chanter les gens, leur donner le sourire et l’énergie. »
Pour ça, Tony pioche, avec plus ou moins de justesse, dans un répertoire de 400 titres, en français comme en anglais, allant de Piaf aux deniers tubes, avec des chansons pointues quand d’autres prêtent à sourire comme La Zoubida ou la Simca 1 000. « Les gens ont besoin de rire. Ça leur fait du bien au cerveau et au cœur et d’ailleurs, ils sont plus généreux. Le but c’est d’être le plus large possible. Je les travaille chez moi pour répondre aux demandes des gens. Mais aussi les surprendre et élargir leur culture musicale. J’ai chanté du Sniper (rappeur) à des dames âgées. C’est pour ça que j’aime venir, même quand dans la tête c’est difficile… »

Car à travers le chant, Tony lutte aussi contre ses démons et notamment l’agoraphobie. Une première victoire, au-delà de l’argent récolté à chaque sortie et dont la majorité est redistribuée sur les stands des commerçants, mais qui lui a permis tout de même de quitter la rue et de trouver un toit. « Grâce au micro et à la bienveillance des Tarbais, même si ce n’est pas facile tous les jours. Ils me voient toutes les semaines. Une relation de confiance s’est créée. D’autres regardent juste. C’est le jeu ! Mais je n’ai plus peur quand au début je rasais les murs. Quand je chante, je dépasse mon autisme, comme dans une bulle. C’est pour les gens, qu’ils passent ou qu’ils dansent, et aussi pour moi que je fais ça, que j’ose. » Dernier défi, derniers démons : s’attaquer à la quarantaine de chansons qu’il n’a jamais interprétées en public. Bientôt peut-être à Marcadieu ou Brauhauban, toujours avec le sourire.