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« Souvent humbles, ces patients finissent par s’étonner de leur propre vie »: biographe hospitalière, Marika raconte leur histoire avant la fin
Passionnée d’écriture depuis toujours, Marika Lardé s’est formée pour raconter la vie des autres. Biographe familiale et d’entreprise, elle intervient aussi auprès des personnes en fin de vie pour leur proposer « un dernier projet », un acte de transmission profondément riche humainement. Entretien.
Marika Lardé, comment une architecte d’intérieur se retrouve à écrire la vie des autres?
J’ai toujours été passionnée d’écriture. J’ai signé un roman édité. En parallèle de ma carrière, j’ai accompagné quelqu’un dans la maladie pendant des années, en réalisant des entretiens en vue de rédiger sa biographie. Cette expérience a changé ma vie. J’ai souhaité poursuivre en écrivant des biographies familiales ou d’entreprise où des clients souhaitent faire un récit, mais aussi des biographies hospitalières qui sont un service offert aux patients et aux personnes gravement malades ou en fin de vie. Cela peut se faire dans les instituts de soins palliatifs, en Ehpad ou au domicile de la personne. Ca permet d’avoir un dernier projet, un projet de vie, d’être dans un élan jusqu’au bout. C’est très positif en termes d’apaisement et peut leur permettre de se réconcilier avec eux-mêmes ou d’autres. Et puis c’est surtout une transmission très importante qui peut même aider au processus de deuil.

Quelle a été votre formation?
J’ai fait partie de la première promotion du DU « Devenir biographe hospitalier » de Toulouse, en six mois. On travaille beaucoup sur le recueil de la parole, la dignité, la confidentialité, l’éthique. Avec l’association Notes de vie, nous nous battons pour faire reconnaître l’activité de biographe hospitalier en tant que métier. L’autre combat, c’est de trouver des financements pour que s’applique le principe de gratuité pour le patient. Ca demande de l’énergie. mais derrière, ce sont de vraies rencontres humaines, un échange, un partage. C’est une expérience de vie d’aller vers l’autre pour lui permettre de se raconter et de transmettre.
A la fin du livre, on laisse toujours quelques pages blanches, pour prolonger l’histoire…
Concrètement, comment ça se passe?
Je m’adapte à la personne. Il faut compter six ou sept entretiens de deux heures, à un rythme qui évolue. J’ai passé par exemple quatre jours chez un monsieur de 90 ans. Nous avons travaillé ensemble chez lui entre entretiens formels et d’autres moins, autour des repas par exemple. Avec l’accord du patient, j’enregistre nos échanges, d’abord pour ne rien manquer mais aussi pour être totalement concentrée. Derrière il y a plus de six heures de retranscription pour une heure d’entretien. Il m’arrive aussi d’interroger l’entourage pour cadrer ou avoir des éclairages précis. L’essentiel c’est de garder l’esprit et le style du narrateur, que lui et ses proches s’y retrouvent.
On sent que vous vous épanouissez dans cette activité?
Complètement. Chaque rencontre est différente. C’est une approche humaine très enrichissante. On aborde parfois des sujets difficiles, des non-dits. Quand c’est sensible, je demande et redemande si le patient souhaite que ce soit écrit. Mais ça peut être libératoire aussi de déposer ça. Je m’appuie aussi beaucoup sur les équipes soignantes, pour leur demander leur avis. Je ne suis pas là ni pour juger, ni pour décider. C’est le narrateur qui se livre. C’est une histoire qui est sienne. C’est passionnant de rentrer dans la vie des gens, avec une vraie relation de confiance et de confidentialité. Mais il faut prendre du recul pour ne pas se laisser déborder par ses émotions. Les écrits, c’est pérenne, et c’est important que cette mémoire ne soit pas perdue pour toujours. Souvent, les personnes estiment d’abord qu’elles n’ont rien à dire, que leur vie n’est pas intéressante, par humilité. Mais ils finissent par s’étonner de leur propre vie. A l’issue, on leur offre un beau livre, relié par un artisan d’art. Ca concrétise la démarche. Et puis on laisse toujours quelques pages blanches à la fin, pour prolonger l’histoire…